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Découverte

La dévalorisation de l’enseignement professionnel

Affiche de la SEPR (Société d'enseignement professionnel du Rhône), années 1980

« Je me souviens que l’on s’indigna beaucoup dans ma famille quand la scolarité fut rendue obligatoire jusqu’à 16 ans : « A quoi ça sert d’obliger des enfants à continuer l’école si ça ne leur plaît pas, alors qu’ils préféreraient travailler ? » répétait-on, sans jamais s’interroger sur la distribution préférentielle de ce « goût » ou de cette « absence de goût » pour les études. L’élimination scolaire passe souvent par l’autoélimination, et par la revendication de celle-ci comme s’il s’agissait d’un choix ; la scolarité longue, c’est pour les autres, ceux « qui ont les moyens » et qui se trouvent être les mêmes que ceux à qui « ça plaît. » Didier Eribon, sociologue, Retour à Reims

C’est avec ses pairs que l’on a longtemps appris les métiers ouvriers. Puis la politique scolaire des années 1970 à 1980, visant à amener 80 % d’une génération au baccalauréat, a renforcé la prédominance des savoirs « académiques » et par contrecoup entériné l’infériorité de l'enseignement professionnel.

Voie de garage, orientation scolaire subie, il concerne pourtant 8 millions de jeunes entre 16 et 24 ans aujourd'hui. La reproduction sociale y est prégnante : parmi les enfants d’ouvriers qui ont eu leur bac en 2012, 31 % l’ont eu dans une filière générale, 23 % dans une filière technologique et 46 % dans une filière professionnelle. Chez les enfants de cadres supérieurs, les trois quarts ont eu un bac général, 14 % technologique et 10 % professionnel. Alors que l’enseignement professionnel prépare à des diplômes (CAP, BEP, Bac professionnel) qui correspondent aux emplois subalternes dans la hiérarchie sociale et les plus exposés au chômage. Seule exception : les quelques spécialités qui disposent pour diverses raisons d’une bonne reconnaissance du public (hôtellerie-restauration, mécanique moto...).

Par ailleurs, alors que les élèves des lycées professionnels sont majoritairement des enfants de l’échec scolaire, cette donnée cumulée avec d’autres facteurs comme la ségrégation territoriale des milieux populaires en banlieue, fait qu’on assiste à une forme « d’ethnicisation » des lycées professionnels, accentuant la dévalorisation des élèves, doublement stigmatisés par leur orientation et par leurs origines (d’après les sociologues Vincent Troger et Aziz Jellab).

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