Antoine Duhamel
Portrait sonore du fondateur de l'École nationale de musique de Villeurbanne (ENM)
Figure importante du paysage musical français, Antoine Duhamel est principalement connu par le grand public en tant que compositeur de musique de film et pour ses différentes collaborations avec des réalisateurs français comme Jean-Luc Godard, Bertrand Tavernier ou François Truffaut. Les amateurs de musique classique le connaissent tout autant pour son répertoire musical. Pour les habitants de Villeurbanne, c’est également le fondateur et ancien directeur de l’École nationale de musique créée à Villeurbanne en 1980. Antoine DUHAMEL est décédé le 11 septembre 2014.
Le témoignage d’Antoine Duhamel a été recueilli en 2010, dans le cadre des trente ans de l’École nationale de musique de Villeurbanne. Il concerne la création et le fonctionnement de l’E.N.M. Antoine Duhamel est accompagné de son épouse Elisabeth, de deux professeurs, Alain Pistre et Pascal Pariaud et de Martial Pardo, directeur de l’école lors de l’entretien.
Collecte réalisée par Cécile Matthias au domicile d'Antoine Duhamel le 26 novembre. Durée :56 mn 57s.
Présentation d'Antoine Duhamel et premiers pas de l'E.N.M.
M. Antoine Duhamel se présente. C’est lors d’une réunion du Parti socialiste qu’il se voit proposer de prendre en charge l’ouverture d’une école de musique à Villeurbanne (mairie socialiste). Grand compositeur français, il est alors séduit par l’idée de pouvoir accéder à la pédagogie musicale et de transmettre son savoir. Ces deux notions font partie de l’idée native de l’école de musique. Il est donc nommé directeur et avec son épouse, Elisabeth Duhamel, ils prennent en charge le projet et fondent l’école en 1980. Antoine Duhamel précise que la mairie de Villeurbanne avait déjà financé une école de musique dans le quartier de Grandclément. Cette école sera intégrée dans le projet de l’E.N.M. (École Nationale de Musique). Il souligne que l’école Grandclément était un souhait d’un groupe municipal non socialiste et proposait une approche académique de l’enseignement de la musique.
Alain Pistre (ancien professeur de l’E.N.M.) intervient. Il est inclus dans le projet dès l’ouverture de l’école en 1980. Il se souvient des tiraillements entre les membres de l’E.N.M. et ceux de l’école Grandclément qui ne seront pas tous intégrés au projet. Antoine Duhamel reprend l’entretien. L’E.N.M. devient donc responsable de la survie de l’école Grandclément. Il se souvient notamment du recrutement de Jean-Michel Michel Cayre, ancien membre de l’école Grandclément, qui a apporté beaucoup à l’école. Antoine Duhamel a également fait venir une équipe composée de musiciens parisiens. Malgré les sentiments de concurrence entre les deux groupes de professeurs il fallait trouver la meilleure solution pour créer un groupe uni. Les initiatives venaient des deux écoles, renforçant l’idée d’ouverture voulue. Il prend en exemple l’enseignement du jazz.
Concernant le recrutement, la municipalité insiste pour que les professeurs parisiens s’installent à Villeurbanne. Après quelques allers-retours, le problème est vite résolu. M. Alain Pistre intervient pour confirmer son installation à Villeurbanne.
Une école d'ouverture et de mixité
Antoine Duhamel continue l’entretien. Son désir était de créer une école ouverte à toutes les musiques. Il voulait centrer la pédagogie sur des activités ouvertes et non exclusivement sur le « sacro-saint » solfège. Il souhaitait mettre en place des activités concrètes sans créer de rupture avec l’enseignement académique.
Il donne en exemple son épouse qui a découvert la pratique du jazz pour en dispenser des cours. L’ouverture était essentielle. Il fallait un mélange de pratique et de cours académiques. Elisabeth Duhamel intervient pour préciser qu’elle dispensait également des cours de piano et de solfège. M. Antoine Duhamel reprend l’entretien. Il accueillait tout type d’étudiants. Il donne en exemple un homme de 40 ans qui s’est présenté sans formation mais avec un bon niveau et qu’il a accepté aussitôt. La mixité était très importante et il demandait également aux professeurs de s’intéresser à toutes les disciplines. Il précise que l’entente était très bonne au sein de l’équipe et qu’il y a eu peu de contraintes.
Le projet était soutenu avec enthousiasme par la municipalité. Son épouse, Mme Elisabeth Duhamel intervient pour souligner la difficulté dans les premières années d’accueillir à leur domicile les intervenants parisiens.
La première année et le recrutement des enseignants
M. Antoine Duhamel poursuit l’entretien. Dès 1980, première année scolaire, se présentent 400 élèves. L’équipe est rapidement débordée. Il précise qu’il était contre l’idée d’avantager les élèves résidant à Villeurbanne. Il souhaitait particulièrement avoir des élèves motivés. Martial Pardo (directeur de l’E.N.M. au moment de l’entretien) intervient. Il explique que l’équipe d’enseignants était prévue pour 200 à 300 élèves et qu’en une à deux années l’effectif a dépassé les 1000 élèves. Il y avait une obligation de recruter.
M. Antoine Duhamel reprend l’entretien. Le recrutement s’est fait rapidement malgré l’exigence de la municipalité concernant l’intégration des professeurs à Villeurbanne. Il disposait d’une dizaine de postes à temps plein. La demande était importante car l’E.N.M. devait également accueillir les élèves de l’école Grandclément. Il précise que les principales motivations des étudiants étaient le cadre de l’école et sa proximité. M. Antoine Duhamel était le directeur mais n’a jamais revendiqué cette position. Pour permettre de doubler le nombre d’enseignants, il a assigné deux personnes sur chaque poste à temps plein. Il n’y a pas eu de crises majeures, si l’on excepte les premières tensions avec l’école Grandclément. Alain Pistre intervient pour souligner l’engouement des professeurs à s’installer à Villeurbanne pour enseigner à l’E.N.M. (il a rencontré son épouse à Villeurbanne). Martial Pardo intervient pour préciser que dans le fonctionnement actuel de l’école, ce n’est plus une obligation de vivre à Villeurbanne, mais il est recommandé de vivre dans la région afin d’être disponible et s’investir dans l’école. Certains professeurs viennent encore de Paris mais ce sont des intervenants sur des disciplines très spécifiques. En 2010 il y a une centaine d’intervenants dont 75 à temps plein.