Sport et militantisme
En 1979 Ahmed Mokrane fonde l’Association sportive algérienne de Villeurbanne (Asav). Arrivé en France en 1965, passionné de football, il s’est d’abord occupé d’un premier club rue de Pressensé, cosmopolite à l’image du quartier. Mais à l’époque les lois de la FFF (Fédération française de football) ne tolèrent que deux étrangers par équipe. Un frein pour une partie des jeunes qui ne sont pas français. Ahmed Mokrane croit au rôle social du football et crée un nouveau club qui obéit au règlement de la FFF : enregistrée en tant qu’association étrangère, l’intitulé du club doit reprendre l’origine du pays et les quotas sont inversés : seuls deux joueurs peuvent être d’une autre nationalité que celle revendiquée par le club. Les dirigeants du club n’échappent pas à l’époque à l’audition par les renseignements généraux ! Mais ils restent déterminés sur les priorités du club, au service des jeunes sportifs : « pas de sélection sur le niveau des enfants, veiller à la qualité de l’encadrement des équipes jeunes et à la formation des entraineurs et encadrants, rester accessible en proposant un prix de la licence parmi les plus bas de l’agglomération lyonnaise. ». Malheureusement le traitement réservé au « club d’algériens » n’est pas toujours bienveillant, une certaine suspicion demeure envers un supposé « communautarisme » alors que le club accueille aujourd’hui une quinzaine de nationalités parmi ses 220 licenciés. En 2003 l’Asav s’est offert une belle revanche en devenant le premier club de niveau district à atteindre les 32e de finale de la Coupe de France.
Le sport est le reflet de la société dans lequel il est pratiqué, la transmission de « valeurs » ayant toujours fait pleinement partie des préoccupations des municipalités, bénévoles, dirigeants ou présidents d’associations... La camaraderie et la solidarité sont souvent au cœur des objectifs des associations sportives, où chacun peut faire l’apprentissage de la vie sociale, de ses droits et devoirs mais prennent différentes formes selon que l’on pratique dans un patronage catholique, une association communautaire ou un club ouvrier. Dans le sport comme ailleurs, le militantisme vire parfois à la propagande... comme l’indique les statuts de la Société de tir « La Jeune France » fondée à Villeurbanne en 1888 qui a « pour but de favoriser le développement des forces physiques et morale par l’enseignement de la gymnastique, du tir, de l’escrime, de la boxe, canne, bâton, etc., afin d’accroître les forces défensives du pays, sa devise étant « Tout pour la France ! » ou quand la municipalité communiste de Camille Joly fait venir l’équipe de l’URSS Moscou en 1936 pour un match amical contre les travailleurs villeurbannais.