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Consultation

Parc Marx-Dormoy

Le jardin municipal Marx-Dormoy, rue de la Pouponnière, auparavant parc d’une propriété bourgeoise, est devenue en 1924, propriété de la Ville qui y crée en 1925 une pouponnière, un jardin public et un théâtre de verdure. Au début des années 1980, la construction d’une résidence pour personnes âgées entraîne la démolition des bâtiments et la restructuration du parc. Il présente aujourd’hui un patrimoine végétal aux espèces variées, dont certaines font partie des plus anciennes de la Ville.

Vue du bâtiment de la pouponnière au fond du parc, 1925, ph. Sylvestre (AMV 4Fi65)
Programme de la fête inaugurale du 5 juillet 1925 (AMV 4R22)
Mères de famille dans le parc, années 1930 (AMV 4Fi283)
Le théâtre de verdure désaffecté, dans le parc de l'école d'infirmières-visiteuses, années 1930 (ph. Sylvestre AMV 4Fi487)

Auteur(s) : Sandrine Majdar, historienne

La propriété Beier

Au début du XXe siècle, Ernest Clément Paul Beier, consul d'Allemagne, possède une propriété d’environ 9200 m², 183-185 route de Genas, en limite de Villeurbanne et du quartier lyonnais de Montchat. Elle comprend trois corps de bâtiments distincts de 500 m², un atelier, une orangerie et des serres. Suite à la Première Guerre Mondiale, l’ensemble de ses biens sont mis sous séquestre[1].

Au cours de sa séance du 27 juillet 1922[2], le conseil municipal projette d’acheter à l'Etat la propriété Beier afin d’aménager une œuvre d’assistance ou une maison de retraite et demande à l’État d’exercer son droit de préemption à son profit. À la fin de l’année 1924[3], la Ville devient propriétaire du terrain.

La pouponnière de Villeurbanne

Le maire Lazare Goujon propose la création d’une pouponnière au sein de la nouvelle propriété communale. Elle doit permettre de venir en aide aux familles nécessiteuses et mères célibataires. Le 3 février 1925[4], le conseil municipal vote la création de la pouponnière au sein de l’ancienne propriété Beier et approuve le projet d’aménagement établi par l’architecte villeurbannais Auguste Hamm. Parallèlement, la municipalité décide d’installer le bureau d’hygiène dans une des ailes du bâtiment et d’aménager le parc de la propriété en un jardin municipal doté d’un théâtre en plein air.

Le 1er août 1925, une pouponnière pouvant accueillir 25 enfants de 8 mois à 3 ans, ouvre ses portes[5]. Elle emploie une directrice, deux infirmières aidées par du personnel de service. La directrice du bureau d’hygiène assure le contrôle de l’établissement. Lazare Goujon[6] inaugure l'ensemble : pouponnière, parc municipal et théâtre de verdure, le 5 juillet 1925. Mais la pouponnière ne fonctionne que deux années. Par délibération du 6 juillet 1927, la municipalité décide de la fermer[7], pour créer un nouveau centre de nourrissage dans l’Ain, à Poncin. Elle est, en effet, devenue trop coûteuse et la Ville doit faire face aux difficultés de recrutement de son  personnel. Au début des années 1930, les bâtiments désaffectés sont occupés par l’école des infirmières-visiteuses[8].

Le jardin municipal

Lors de l’acquisition de la propriété Beier, le jardin s’étend sur une superficie d’environ 7800 m². La municipalité décide de réunir les deux parties du jardin divisé par un mur de clôture[9]. Couvert de plantations aux espèces variées, il comprend des arbustes et des arbres de haute futaie. La municipalité souhaite respecter, dans les grandes lignes, le tracé original d’un espace laissé à l’abandon pendant une dizaine d’années : le parc présente des espèces végétales qui s’entremêlent le long des allées sinueuses, profusion végétale et petite rocaille qui s’inspirent des jardins à l’anglaise, imitation maîtrisée de la nature.

Le Théâtre de verdure

À la demande de nombreuses sociétés désireuses d’organiser des manifestations en plein air, la municipalité fait aménager par les établissements villeurbannais Léonard Lille, un Théâtre de verdure, scène de plein air installée à l’est du parc. Louée par la Ville, il sert de lieu de concerts, de bals et de conférences, avec scène et décors et peut accueillir près de 1000 personnes[10]. Une large esplanade est aménagée devant la scène afin de créer une hauteur de gradins. Mais le théâtre est progressivement délaissé et, l'on voit dès les années 1930, un cours de tennis municipal aménagé au-devant de la scène.

Le réaménagement de la pouponnière en « logements pour vieillards »

Quant aux locaux désaffectés de l’ancienne pouponnière et du bureau d’hygiène, ils sont confiés au bureau de bienfaisance à la fin des années 1930, afin d’aménager des logements pour personnes âgées. Les travaux de réaménagement, réalisés entre 1938 et 1940[11], sont une nouvelle fois confiés à Auguste Hamm[12].

L’inauguration du square Marx-Dormoy (1946)

Lors d’une séance du 26 avril 1946[13], le conseil municipal présidé par le communiste Georges Lévy décide d’attribuer au jardin municipal le nom de l’ancien ministre de l’Intérieur socialiste du Front Populaire, Marx Dormoy[14] ; le square est inauguré le 27 octobre 1946[15].

La construction d’une résidence pour personnes âgées

Face au nombre insuffisant de résidences pour personnes âgées au sein de la Ville, la municipalité de Charles Hernu envisage, dès 1979, d'en édifier une nouvelle à l’emplacement de l’ancienne pouponnière. Les bâtiments, vétustes, sont détruits ainsi que le Théâtre de verdure. La résidence, comprenant plusieurs corps de bâtiments, est édifiée entre 1981 et 1983 par les architectes Degaine et Pegaz.

Ces travaux entraînent une restructuration du jardin dont la superficie est considérablement réduite par les constructions. La municipalité demande néanmoins aux architectes de respecter les plantations du square en les intégrant au sein de la nouvelle résidence. Par délibération du 24 novembre 1980[16], le nom de Marx Dormoy est également donné à la résidence inaugurée par le maire Charles Hernu, le 4 mars 1983[17].

Le parc Marx-Dormoy aujourd’hui

Le parc Marx-Dormoy s’étend aujourd’hui sur une superficie d’environ 3500 m². Des jeux pour enfants ont été, depuis, aménagés au nord du square. Un marronnier rouge de plus de 100 ans, deux cèdres Atlantica d’environ 150 ans ainsi qu’un ginkgo biloba, font partie des arbres les plus anciens de Villeurbanne. A ce jour, une centaine d’arbres et d’arbustes peuplent le jardin, dont un acacia, un saule, des tilleuls, des pins, des lauriers, des platanes, des sycomores, des frênes, des taxus, des bouleaux, des cyprès, des prunus et des thuyas.

 




Notes

[1] 1M137 : Propriété communale 185 route de Genas (1925-1958).

[2] 1D275 :  demande de rétrocession, après exercice du droit de préemption par l’État, de l’immeuble Beier 183 route de Genas : délibération du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 27 juillet 1922, p. 298-299.

[3] 1D276 : rétrocession de l’immeuble Beier : délibération du 9 octobre 1924, p. 29.

[4] 1D276 : Aménagement de la propriété Beier: délibération du 3 février 1925, p. 83-85.

[5] « La Pouponnière de Villeurbanne », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, n°1, mars 1926, p. 8-10.

[6] 4R22 : programme de la Fête des Œuvres Municipales d’Éducation et de protection de l’Enfance, à l’occasion de l’inauguration du parc municipal, de la pouponnière municipale et du Théâtre de verdure (5 juillet 1925).

[7] 1D276 : Création d’un Centre de Nourrissage à Poncin et Licenciement de la Pouponnière : délibération du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 6 juillet 1927, p. 430-433.

[8] 275W11 : 10ème anniversaire de la résidence Marx Dormoy (27 mai 1993).

[9] 1D276 : Aménagement de la propriété Beier : délibération du 3 février 1925, p. 84.

[10] « Règlement du Théâtre de Verdure », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, n°4, août 1926, p. 72.

[11] 1M137 : Propriété communale 185 route de Genas (1925-1958).

[12] L’architecte A. L. Enay lui succède, suite à son décès en 1938.

[13] 1D283 : Délibération du conseil municipal de Villeurbanne du 26 avril 1946, p. 47-48.

[14] Né le 1er août 1888 à Montluçon, Marx Dormoy devient Maire de sa ville natale en 1926. Il est élu député socialiste en 1931 avant de devenir sous-secrétaire d’État à la Présidence du Conseil en 1936. Entre novembre 1936 et janvier 1938, il est ministre de l’Intérieur, puis élu sénateur de l’Allier en 1938. Sous le gouvernement de Vichy, il est arrêté et transféré à Montélimar en 1940. Il décède le 26 juillet 1941, victime d’un attentat à la bombe organisé par les membres de la Cagoule.

[15] « Le dimanche 27 octobre a été inauguré le square Marx-Dormoy », Bulletin municipal officiel de Villeurbanne, n°214, 1er novembre 1946, p. 5169-5170.

[16] 1D308 : Dénomination des voies et édifices publics : délibération du 24 novembre 1980, p. 443.

[17] 275W11 : 10ème anniversaire de la résidence Marx-Dormoy (27 mai 1993).


Sources

Archives municipales de Villeurbanne :

1D275 : Délibérations du conseil municipal de Villeurbanne, séances du 27 juillet 1922, p. 298-299 ; 6 août 1924, p. 580.

1D276 : Délibérations du conseil municipal de Villeurbanne, séances du 9 octobre 1924, p. 29 ; 3 février 1925, p. 83-87 ; 6 juillet 1927, p. 430-433.

1D283 : Délibérations du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 26 avril 1946, p. 47-48.

1D308 : Délibérations du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 24 novembre 1980, p. 443.

 

1M137 : Propriété communale 185 route de Genas (1925-1958). Plan d’ensemble de la pouponnière, du bureau municipal d’hygiène et du jardin public, dressé par l’architecte Auguste Hamm, 20 janvier 1925.

 

4R22 : Fête des Œuvres Municipales d’Éducation et de protection de l’Enfance à l’occasion de l’inauguration du parc municipal, de la pouponnière municipale et du Théâtre de Verdure (5 juillet 1925).

 

151W12 : Résidence de personnes âgées Marx Dormoy, préparation : correspondance du maire (1979-1981).

 

PC12/1981 : permis de construire : plans de la Résidence de personnes âgées (1981).

 

Sources imprimées :

Goujon (Lazare), Villeurbanne : 1924-1934, dix ans d’administration, Lyon, Association Typographique Lyonnaise, 1934, p. 173-177. (cote AMV 2C18).

« La Pouponnière de Villeurbanne », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, n°1, mars 1926, p. 8-10.

« Le Théâtre de verdure », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, n° 3, juillet 1926, p. 58-59.

« Règlement du Théâtre de verdure », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, n°4, août 1926, p. 72.

« Création d’un Centre de nourrissage et licenciement de la Pouponnière », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, n°16, août 1927, p. 287.

« Le dimanche 27 octobre a été inauguré le square Marx-Dormoy », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, n°214, 1er novembre 1946, p. 5169-5170.

 


Mots-clés : Urbanisme
Thèmes : Environnement

1 commentaire

  • Quittervilleurbanne VITE, 17 juillet 2017 à 18h08Répondre
    Ou comment passer de 9200m2 à 7800m2 et aujourd'hui 3500m2 en un temps record, et transformer une belle propriété bourgeoise en parc à clochards en à peine plus d'un demi siècle ... Voilà pourquoi Villeurbanne n'aura jamais un patrimoine bâti digne de ce nom. C'est bien de vouloir se différencier de Lyon, mais il y a peut-être 2-3 bonnes idées à prendre malgré tout, non ?

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