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Église Saint-Athanase (Saint-Julien) de Cusset

La petite église fut le cœur de la paroisse d’Ancien Régime sous le vocable de Saint-Julien des mariniers. Demeurée longtemps la seule église de Villeurbanne et aujourd’hui, le plus ancien monument de la ville, elle garde une forte charge symbolique malgré la simplicité de son architecture.

Eglise Saint-Julien de Cusset
travaux de restauration 1995
L'église restaurée en 2015 (photo Gilles Michallet, Ville de Villeurbanne)

Auteur(s) : Dominique Grard , archiviste de la ville de Villeurbanne

L’église paroissiale des origines

On n’a pu dater précisément la construction de sa nef, sans doute modifiée à plusieurs reprises au cours des siècles. Une mention en termes latins « in villa et parrochia de Villorbana », datée de 1235, renseigne sur l’appartenance des terres de Villeurbanne au domaine de l’église Saint-Paul de Lyon. La proximité de la motte féodale de Cusset laisse supposer l'origine médiévale du sanctuaire. Les premiers actes de baptêmes, mariages et sépultures transcrits par un curé de La Guillotière du nom de Prunelle remontent à 1631. On trouve aussi aux Archives départementales du Rhône, un « inventaire des meubles de l’église paroissiale » de 1660[1].

De manière certaine, c’est en 1678 qu’une décision de l’évêque de Lyon, Camille de Neuville de Villeroy, détachant cette église de celle de la Guillotière, en fait, pour la première fois, le siège d’une paroisse distincte, celle de Villeurbanne. Le registre paroissial de 1701[2] relate la visite pastorale, inspection faite par le curé du bourg de la Guillotière archiprêtre de Meyzieu : tout semble lui convenir, tant les objets du culte que les « saintes reliques de saint Jullien, saint Clair et saint Blaize enfermés dans un reliquaire blanchy en façon d’argent ». Le 7 novembre 1718[3], le curé Lamarche alerte dans le registre paroissial : « Ce jourdhuy a 7 heures du matin le nommé Claude Bonnard sonneur des cloches de cette parroisse sonnant le second coup de la grande messe de Requiem pour le repos de l'ame de feü Benoit Buyer la grosse cloche s'est fendüe et elle ne donne plus aucun son ».

En effet, si l’on en croit une note de 1721, qui  recommande le remplacement nécessaire d’ « une campanelle peu solide et de sa cloche fêlée », l’église d’Ancien Régime semble rudimentaire et même pauvre. Au cours du XVIIIe siècle, la situation ne s’améliore pas. Un document de 1769 relève l’absence de chaire à prêcher, aucun dallage sur le sol, des cloches (toujours) fêlées, un presbytère en mauvais état. La chronique annuelle du curé Franchet de 1774[4] atteste pourtant du règlement à un fondeur de Lyon de deux cloches et aussi de la bénédiction d’une chapelle donnée par le seigneur du lieu, François de Ville, dédiée à « Notre-Dame des sept douleurs », « placée à la suite de celle des pénitents ». En 1828, un plan[5] confirme l’existence d’une seule chapelle latérale dénommée « chapelle de la Vierge » et d’une sacristie. Mais depuis 1864, elle possède deux chapelles latérales.

Son rôle laïque  jusqu’à la Révolution

Comme toutes les églises paroissiales d’Ancien Régime, celle de Cusset joue également un rôle laïque, comme le confirme un document de 1776 : « La place publique au-devant de la porte de l’église était le lieu accoutumé à tenir les assemblées de paroisse » qui élisaient les consuls, représentants des habitants de l’époque.

A la Révolution, c’est encore dans l’église qu’a lieu la première élection d’un maire, le 14 février 1790, noté dans le registre municipal comme le « premier jour de la restauration de notre Liberté ». Elle est annoncée « au son de la grosse cloche ». Le nouvel élu est le laboureur Etienne Debourg, auquel on ajoute un procureur, cinq officiers et douze notables pour constituer le conseil général de la commune qui s’adjoint un greffier, indispensable pour le compte-rendu des séances, la moitié du personnel municipal étant juste capable de signer de son nom. En 1795, le presbytère devient « école des enfants du peuple ».

Le déclin du XIXe siècle

Au XIXe siècle, l’église, vétuste, connaît une longue période de désaffection.

Un projet de restauration de 1822 est assorti d’un plan idéal[6] qui ne sera jamais exécuté. Un rapport au sous-préfet de 1834, détaillant les dimensions de chaque partie de l’église, tente de rassurer les édiles : « tous les murs ne laissent aucune crainte sur leur solidité ». Il nous apprend aussi que « les quatre murs de l’église pourraient être démolis sans que le clocher souffrît le moindre dommage […] Le clocher et l’arc sur lequel il est établi sont d’une parfaite solidité, le beffroi est neuf », preuve qu’il a été reconstruit depuis 1712. 

Malgré cela, une lettre de l’évêque de Grenoble au préfet de l’Isère du 17 mars 1837 recommande la fermeture de l’édifice au profit d’une construction nouvelle dans un autre site : « L’ancienne église, qui n’est qu’une ignoble chapelle est beaucoup trop petite ; elle n’est point centrale et de plus, elle menace ruine ». Quelques années plus tard, une délibération du conseil municipal du 24 février 1850 mentionne au passage, la restauration de l’église de Cusset.[7]

En 1835, décision est donc prise de transférer le centre du bourg de Villeurbanne – qui n’est encore que l’assemblage de trois hameaux dispersés sur un vaste territoire – vers le sud, sur la place alors dénommée place Dauphine ou place du Plâtre (actuelle place Grandclément). Ce nouvel emplacement présente l’avantage de la proximité avec la métropole lyonnaise et ses industries naissantes. Il implique la construction d’une nouvelle église plus vaste, à laquelle est attribué le vocable de « Nativité de la Vierge ».

D’après Perrier[8], une délibération du Conseil de fabrique de 1837 selon laquelle « tous les objets mobiliers, vases sacrés, ornements, tableaux seraient enlevés et transférés dans la nouvelle église » décide du dépouillement du vieux sanctuaire. « Mais quand les cloches furent enlevées de force, tous les habitants de Cusset, femmes en tête, allèrent manifester devant la nouvelle église. Finalement l’église resta fermée mais les cloches furent réintégrées ».  

Selon d’autres sources, elle a toujours été desservie par un vicaire, jusqu’au 1er janvier 1863, date à laquelle elle réintègre son rang d’église paroissiale[9].

Au XXe siècle, une église réaffectée et restaurée 

Un siècle plus tard, en 1969, un édifice plus vaste bâti cours Émile-Zola, qui reprend l’ancien nom de Saint-Julien de Cusset, devient le centre de la paroisse. Débaptisée, la vieille église est affectée au culte catholique ukrainien de rite gréco-byzantin. Le vocable de Saint Athanase-le-Grand qui lui est attribué, rappelle un père de l’église qui lutta contre l’hérésie aryenne et mourut archevêque d’Alexandrie d’Égypte au IIIe siècle de notre ère.

En 1995, la municipalité procède à la restauration de la façade et à la mise en valeur du bâtiment qui est propriété communale. Certains objets de son mobilier sont inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques : une vierge à l’enfant en bois du XVIIIe siècle, une croix de métal, des calices, des bannières.

 C'est au printemps 2015 qu'un décapage de l'enduit qui recouvrait les deux nefs latérales, à l'initiative des paroissiens, laisse apparaître des arches de briques du plus bel effet. Les décors baroques reprennent leurs dorures sur fond blanc. Intérieurement, c'est une nouvelle église qui désormais accueille les ukrainiens de Villeurbanne.




 


Notes

[1] ADR : E dépôt 256.56

[2] AMV : GG3

[3] AMV : GG3

[4] AMV : GG7

[5] Plan ADR : O1917. Sur le cartouche du plan géométral de la commune de Villeurbanne de 1828, un dessin de l’église et de son presbytère fait clairement apparaître deux chapelles latérales côté sud et un porche au-dessus du parvis.

[6] ADR : O1917

[7] « La commune renferme trois églises dont deux lui appartiennent, l’ancienne qui a été restaurée et celle des Charpennes de construction nouvelle tout à fait incomplète et une construite aux frais des habitants du quartier des Maisons Neuves et qui a été donnée à la Fabrique … » AMV, 1D265, p. 16.

[8] Perrier (J.), Villeurbanne historique et biographique, ATL Villeurbanne, 1928,  p.136-137.

[9] par arrêté de l’empereur Napoléon III du 31 décembre 1862.


Bibliographie

Aubry (Dominique), Villeurbanne et la Révolution française, Maison du Livre de l’image et du son, Villeurbanne, 1988, 171 p. (AMV 2C1408)

Belmont (Alain), « L’église de Cusset entre cloches et cris », VIVA Magazine, n° 249 (octobre 2011), p. 22-23.

Jacquemin (Louis), Histoire des églises de Lyon, Villeurbanne, Vaulx en Velin, Bron, Vénissieux, Saint-Fons, ed. Élie Bellier, Lyon, 1985, [voir pour église de Saint-Julien de Cusset, p. 310-312]

Montfouilloux (Albert), Le plat pays Lyonnais-Dauphinois de la rive gauche du Rhône : Villeurbanne, Chaussagne, Champagneux, Béchevelin, La Guillotière, La Prairie, Les Brotteaux, Imp. Express, Lyon, 1929, 380 p. (AMV : 2C2955)

L'église Saint-Athanase (anciennement Saint-Julien de Cusset), Villeurbanne 1982, 7 p. (AMV 2C504)

Perrier (Jacques), Villeurbanne historique et biographique, ATL Villeurbanne, 1928 (AMV 2C6)

 


Sources

Archives municipales de Villeurbanne

1M132 Église saint-Julien de Cusset : travaux de restauration sur un bâtiment municipal  (1828-1957), travaux sur le presbytère et baux à loyer, puis transfert (1822-1955)

318W101 Église saint-Athanase : travaux et projets d’aménagement, correspondance pour classement à l’inventaire des monuments historiques (1987-1995).          

Iconographie :

2Fi 1-4, 401, 424 : cartes postales

21Fi 54 a-f : restauration de l’église St Athanase, 1995 : photographies

 Archives départementales du Rhône

E supplément 256/56 Église de Villeurbanne : état et entretien : inventaire des meubles (1660)

O 1913

Travaux de réparation du perron, du porche, de la façade et du presbytère (1860-1868)

O 1915

Travaux de réparation de l’église (1881-1882)

O 1916

Travaux de réparation de l’ancien presbytère abandonné par la Fabrique en 1854, destiné à servir d’école (1855-1878) et transfert (1878-1882)

O 1917

Travaux sur le presbytère (an V-1822)

Travaux de réparation de l’église (1822-1837)

O 3374

Acquisition de propriété de la cure de la paroisse de Cusset, 3 rue de la Liberté (1941).

O 3481

Location du presbytère de Cusset (1907-1932)

Archives départementales de l’Isère

4V 125 Édifices paroissiaux : acquisitions, constructions et aliénations, legs, plaintes et correspondance sur les desservants, renseignements généraux concernant les fabriques ... église saint Julien de Cusset


Thèmes : Histoire, Religion

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