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Consultation

Maisons de bois

Au début des années 1920, les maisons de bois Rolland représentaient un moyen original de lutte contre la question du mal-logement, problème récurrent à Villeurbanne. Elles répondaient aux besoins de populations pauvres, souvent immigrées, qui cherchaient à se loger à moindre coût.

Maison Rolland, rue des Antonins
arrêté municipal réglementant les constructions de bois, 24 mars 1930

Auteur(s) : Clément Bollenot, historien

Un manque de logement persistant

Entre la fin du 19e siècle et le premier quart du 20e siècle, Villeurbanne connaît une expansion territoriale forte due à l’arrivée massive d'une population pauvre liée au développement industriel rapide. La ville passe alors de 30 000 à 64 000 habitants entre 1901 et 1926, ce qui provoque une pénurie de logements ainsi qu'un développement d'habitations insalubres. Dès 1923, la directrice du Bureau d’hygiène signale le problème à l’inspecteur départemental d’hygiène dans une lettre accompagnée de la liste de 66 baraquements et d’un projet de réglementation. "C’est grâce à un défaut de réglementation, poursuit la directrice du bureau d’hygiène, que nous avons vu la banlieue se couvrir de baraquements hétéroclites et dangereux tant au point de vue sanitaire qu’au point de vue sécurité : dans certains groupements, ils sont seulement à deux mètres les uns des autres et l’on a l’impression que si le feu prenait en un point, tout serait embrasé en un clin d’œil ". Mais le préfet ajourne ce projet le 17 janvier 1924, "en raison d’une demande des propriétaires de maisons en bois se qualifiant d’anciens combattants pour la plupart mutilés ou grands blessés de guerre", et suppliant le préfet de "les laisser habiter ces baraquements, seule habitation utilisable en raison de la crise du logement".

La solution Rolland

Le procédé novateur des maisons en bois Rolland voit le jour à Villeurbanne entre 1923 et 1925. La Société Rolland Frères, basée à Paris, comprend vite qu’il existe dans la ville une très forte demande d’habitat à bon marché. C’est pourquoi elle développe un modèle de maisons en bois posées sur une dalle de béton et couvertes de tuiles. Baptisées du nom exotique de « maisons scandinaves », ces maisons sont promues avec des procédés très en avance pour l’époque. En premier lieu, la société Rolland Frères envoie une lettre de présentation à la municipalité afin d’exposer les avantages de la formule et montrer son caractère novateur et hygiénique (pour la faire accepter par des mairies qui luttaient justement contre la prolifération des cabanes en bois). Ensuite, elle les présente en détail sur catalogues afin de séduire de potentiels acheteurs. Enfin, le procédé de construction est rapide et pris en main par la société. Celle-ci laisse à l’acquéreur le soin de trouver un terrain, instruit elle-même les dossiers de permis de construire, illustrés selon des plans types sommaires et livre les maisons clés en main en deux mois.

À Villeurbanne, Marc Bonneville évoque la construction de 55 de ces maisons dans les quartiers pavillonnaires de Château-Gaillard, des Buers, de Croix-Luizet et de Cyprian. Un chiffre relativement modeste rapporté à la pénurie de logements qui touche alors la ville.

 Un modèle controversé

 Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer cet échec relatif. D’abord, au regard des plans, on peut noter que ces maisons sont très sommaires et exiguës (pièces de 9 m² alignées en enfilade) et ne disposent ni de WC, ni de salle d’eau, ni d’aucun raccordement. Malgré leur double paroi censée être un rempart contre les intempéries, leur promotion au titre de l’hygiène semble exagérée. Ensuite, les immigrés qui constituent la majorité des personnes vivant dans les logements insalubres sont exclus de ce système, faute de ressources suffisantes. Cette population nécessiteuse continue alors à vivre dans des logements de fortune autoproduits. Enfin, si le concept des maisons en bois Rolland officialise un type de maisons jusque-là jugées inacceptables, elles sont interdites sur les lotissements constitués en associations syndicales, ce qui manifeste leur ambiguïté. C’est en 1930 que la municipalité de Lazare Goujon, par l’arrêté municipal du 24 mars, considère que le développement des habitations construites en bois est susceptible d’augmenter les risques d’incendies dans la commune et, d’autre part, de créer des dangers pour l’hygiène ; considérant que ces maisons ne comportent pas, la plupart du temps, le minimum de confort pour garantir la santé de leurs occupants, il y a lieu d’en réglementer la construction. Le maire met ensuite en avant le problème de l’hygiène domestique liée à la présence d’animaux (notamment de poules), de l’humidité, d’épidémies et de densité des constructions. Le nouveau règlement sanitaire du 6 juin 1931 limite enfin précisément les conditions de construction de ces habitations en bois : elles ne seront autorisées qu’après enquête et pour y loger les membres d’une seule et même famille, ne pourront être ni louées ni cédées à des tiers, ne pourront être utilisées comme locaux de commerce et ne pourront être élevées au-dessus du rez-de-chaussée ...

En 2010, on pouvait encore en voir deux exemplaires, 31 rue Flachet, à deux pas du métro.


Bibliographie

Bonneville (Marc), Croissance urbaine et changement social. Le cas de Villeurbanne dans l’agglomération lyonnaise, thèse, Université Lyon II, 1981, 981p.


Sources

archives municipales de Villeurbanne

2D168 : arrêtés du maire (1929-1934)

 Sources imprimées

Goujon (Lazare), Villeurbanne 1924-1934, 10 ans d’administration, Villeurbanne, A.T.L., 1935, 438 p.

« Réglementation de la construction de la maison en bois », Bulletin Municipal Officiel de la ville de Villeurbanne, n°50, juin 1930, p. 1099.

Buisson (Christiane), « Les petites maisons de bois », VIVA Magazine, n°234, avril 2010

 


Mots-clés : Logement
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