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Consultation

Synagogue de la Fraternité

Après la seconde guerre mondiale, la communauté israélite de Villeurbanne s’organise et, en 1948, transforme une petite maison de la rue Malherbe, derrière les Gratte-Ciel, en oratoire. Pour faire face aux besoins des juifs rapatriés d’Afrique du Nord arrivés au début des années 1960, une véritable synagogue est édifiée au même endroit, entre novembre 1962 et mai 1964, avec l’aide de jeunes volontaires protestants allemands appartenant à l’œuvre Aktion Sühnezeichen  « Action du Repentir ». Appelée synagogue de la Fraternité en souvenir de cette histoire, elle est inaugurée le 24 mai 1964 et agrandie en 1984 pour devenir l’actuel Centre de la Fraternité.

Pose de la première pierre de la synagogue (21 avril 1963) : le président de la communauté de Villeurbanne Maurice KELLER enferme le manuscrit scellé dans la première pierre venue de Sion (photo don Klein)
Inauguration (24 mai 1964) : vue intérieure de la synagogue (photo don Kahn)
projet d'extension de 1983 (architectes Eyraud-Traynard)

Auteur(s) : Dominique Grard, archiviste de la ville de Villeurbanne

Du premier oratoire à la synagogue, 1948-1964

Avec l’installation d’une cinquantaine de familles juives fuyant dans les années 1930 les persécutions du nazisme, le premier lieu de culte du Consistoire Israélite de Villeurbanne (CIV) est d’abord situé dans un appartement des Gratte-Ciel. Si le premier oratoire de la rue Malherbe ouvert en 1948, répond aux attentes de la petite communauté juive villeurbannaise décimée par la déportation, il ne suffit plus à celles des juifs rapatriés d’Afrique du Nord arrivés au début des années 1960[1].

A partir de 1962, chaque année voit sur la Côte d’Azur, en Provence, autour de Lyon et en banlieue parisienne[2], l’ouverture de synagogues, d’abord précaires, puis plus monumentales. [3]

A Villeurbanne, pour améliorer le confort sanitaire de l’oratoire, la communauté sollicite dès 1962 le comte York von Wartenburg, consul de la République fédérale d’Allemagne à Lyon. Celui-ci contacte Aktion Sühnezeichen (« Action du Repentir »[4],) en vue de l’édification d’une véritable synagogue. L’association Sühnezeichen venait en effet d’inaugurer, le 6 août de cette année-là, l’église de la Réconciliation à Taizé, village de Saône-et-Loire, bâtie par de jeunes Allemands autour d’une communauté protestante. Le président du synode de l’Eglise luthérienne de Magdebourg [5] offre alors le financement des travaux à la communauté juive en signe d’expiation des crimes nazis, sur un terrain donné par la "Claims Conference" chargée d'administrer les biens des Juifs disparus sans laisser d'héritiers.

 De novembre 1962 à mai 1964, quatorze jeunes Allemands volontaires protestants, membres de Sühnezeichen, l’édifient sous la direction de l'architecte Raymond Carpe, auquel on doit le dessin de la façade, sobre mais rempli de symboles : le panneau vertical signifie la grande porte ouverte, percée en son centre d’une petite porte. Exemple de coopération interreligieuse, les jeunes sont hébergés dans l'ancienne école catholique de la paroisse Sainte Thérèse. « C’est la première fois », selon le rabbin Yehouda Maman, « que des chrétiens participent à la construction d’un édifice religieux israélite ».[6] L'un d'entre eux deviendra le pasteur de l'église évangélique Rudolph Maurer, spécialiste des relations judéo-chrétiennes. Multipliant ses visites à la communauté juive de Villeurbanne, il institue une sorte de jumelage entre les communautés allemande et villeurbannaise.

Le 21 avril 1963, le président de la communauté israélite de Villeurbanne, Keller, pose la première pierre : amenée spécialement de Sion, près de Jérusalem, elle contient un parchemin glissé dans un tube de plomb, sur lequel est retracée, en hébreu et en français, l’histoire de la construction.

L’année suivante, le 24 mai 1964, le grand rabbin de France Jacob Kaplan préside son inauguration.

De la synagogue au Centre communautaire

Si l’on en croit D. Jarrassé[7], depuis la première synagogue-centre communautaire construite à Paris après la guerre, celle de l’Association cultuelle séfarade rue de la Roquette, l’équipement en synagogues de ce type se poursuit activement après 1962. « Indéniablement, ces centres jouèrent un rôle-clé dans la structuration des nouvelles communautés. »

A Villeurbanne, devant le nombre grandissant des fidèles[8], une extension de la synagogue est construite par la Ville et le Conseil général avec l'aide d'une souscription auprès des membres du Consistoire israélite. Elle devient le Centre de la Fraternité inauguré par le Grand rabbin Sirat et le maire Charles Hernu, le 16 décembre 1984. Le nouveau bâtiment offre un doublement de la surface utilisable, deux étages supplémentaires au-dessus de l'édifice initial, le rez-de-chaussée de l'immeuble mitoyen faisant office d'entrée et de garderie d'enfants. La salle de culte après agrandissement peut accueillir 300 personnes et le premier étage se transforme en une salle de réception de 150 m².

En 1995, au moment où Yehouda Maman[9] est ordonné Grand rabbin de Villeurbanne par le Grand rabbin de France Joseph Sitruk, la communauté juive de Villeurbanne, estimée à 3000 familles[10], est une société souvent qualifiée de très active et dynamique, qui compte, outre la synagogue de la Fraternité, deux écoles, et plusieurs institutions religieuses.[11]

 

 


Notes

[1]En juin 1963, la communauté compte,  selon le rabbin de Villeurbanne Y. Maman, 90 membres cotisants. On dénombre 700 familles séfarades en 1977.

[2] « En région parisienne, les besoins sont tels que dès 1959,  le Consistoire de Paris lance les Chantiers du Consistoire et, cinq ans plus tard, sont créées quatre synagogues dans les villes qui accueillent un grand nombre de juifs d’Afrique du Nord : Villiers-le-Bel (1962), Massy (1964), Sarcelles (1965), Fontainebleau (1965) », selon Dominique Jarrassé, Synagogues : une architecture de l’identité juive, éd. Adam Biro, 2001, p. 231

[3] Dominique Jarrassé, ibid., p. 231

[4] Selon un extrait du texte de la proclamation d’avril 1958 par laquelle fut créée Sühnezeichen  « [...]  nous demandons aux peuples qui ont souffert de notre oppression, la permission de faire une bonne action avec nos mains et nos moyens, de construire dans leurs pays en signe d’expiation, un village, un faubourg,  une église, un hôpital ou n’importe quoi d’autre qui serait d’utilité publique ».

[5] Grande ville d’Allemagne orientale, capitale du Land de Saxe-Anhalt

[6] Y. Maman, Chroniques  d’une communauté juive : Villeurbanne 1945-2000, éd. Grym, 2001, p. 75

[7] D. Jarrassé, ibid., p. 231

[8] La presse locale parle de « 2000 familles israélites » (Lyon Matin et Le Progrès, 20 février 1984)

[9] Le rabbin Maman né en 1938 à Oran, arrivé en 1966 à Villeurbanne, est décédé le 10 juillet 2015 

[10] En 2015, selon le président de la communauté de la rue Malherbe, elle représente quelque 600 familles (Le Progrès, 11 juillet 2015)

[11]« Un grand rabbin pour la communauté villeurbannaise », Le Progrès, 10 février 1995, article cité par Y. Maman (ibid.)


Bibliographie

B’Nai B’Rith Rhône-Alpes, Présence juive dans la Cité : contribution juive à la vie et à l’essor de Lyon et sa Région, catalogue de l’exposition présentée du 26 janvier au 2 février 2001 à l’Hôtel de ville de Lyon, septembre 2001.

Déchelette-Elmalek (Catherine), Le judaïsme à Lyon et dans l’agglomération lyonnaise, 1945-2000. Le judaïsme lyonnais d’après-guerre, le regard du rabbin Assouline à travers ses sermons de 1947-1948, mémoire de master 2 Sciences Humaines-Histoire-Histoire des religions, Université Lumière-Lyon 2, 2010

Fabre (Martine), La communauté juive de Villeurbanne des années 1930 à nos jours, mémoire de maîtrise d’histoire, sous la direction d’E. Fouilloux, Université Lumière-Lyon 2, 1996 (cote AMV 2C1008)

Jarrassé (Dominique), Synagogues, une architecture de l’identité juive, éd. Adam Biro, 2001

Le Rize, L’expo Cultes-Les religions dans la ville, journal de l’exposition présentée au Rize du 4 février au 24 mai 2014

Maman (Yéhouda), Chroniques d’une communauté juive. Villeurbanne, 1945-2000, édition Grym, Villeurbanne, 2001 (cote AMV 2C1009)


Sources

Archives municipales de Villeurbanne

4R24  Pose de la première pierre de la Synagogue, 4 rue Malherbe (21 avril 1963) : coupures de presse, texte d'allocution distribué, carton d'invitation, descriptif du projet de l'équipement, courriers ; inauguration de la Synagogue (24 mai 1964) : coupures de presse,  liste des invités, carton d'invitation, descriptif de la réception, courriers de réponses aux invitations.

 

11W105 : discours de Charles Hernu pour la fixation de la pierre du Mont Sion, le 23 septembre 1984.

 

Plaquette de l’inauguration du Centre de la Fraternité : allocution prononcée par le ministre de la défense C. Hernu, à l’occasion de l’inauguration de la synagogue de la Fraternité, le dimanche 16 décembre 1984

 

Permis de construire d’un oratoire (n° 1947/607) 7T730

Synagogue : permis de construire du 28 juin 1962 (n° 1962/244)

Extension de la synagogue : permis de construire du 19 décembre 1982 (n°1982/202)

 

Wollandt (Manfred), film, 29 minutes : projeté sur la chaîne allemande ZDF en 1988 : témoignages et entretiens avec des juifs allemands villeurbannais et des jeunes, en langue allemande.

Sources imprimées

Butheau (Chantal), « La synagogue de la réconciliation », Le Progrès, 28 avril 1981

« Numéro spécial extension », Bulletin Mensuel du Consistoire israélite de Villeurbanne, n°63, décembre 1982

« Réception à l’hôtel de ville de l’église évangélique du Wurtemberg », Le Progrès, 31 octobre 1983

« Hommage aux bâtisseurs protestants de la synagogue », Lyon-Matin, 29 octobre 1983

 « Extension du Centre de la Fraternité : un nouveau bâtiment à la dimension de la communauté », Le Progrès, 20 février 1984

« Une extension pour répondre aux besoins des 2000 familles israélites », Lyon-Matin, 20 février 1984

« La nouvelle synagogue inaugurée par le grand rabbin de France : le rassemblement des justes », Lyon-Matin, 17 décembre 1984

 « Communauté israélite : une nouvelle étape, l’aménagement de la synagogue terminé pour la fête des lumières, un signe d’espoir », Lyon-Matin, 29 décembre 1986

« La force d’un symbole », Viva (magazine municipal), juillet-août 1989, p. 16-17

« Un Grand Rabbin pour la communauté villeurbannaise », Le Progrès, 10 février 1995

Paccalin (Michel), « Rudolf Maurer, la réconciliation comme chemin de vie », Lettre de l’Eglise réformée de France à Villeurbanne-Vaulx-en-Velin, juin 2000

 

 


Thèmes : Religion

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