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Résidence Jean-Gabin

La résidence Jean-Gabin, au n° 8 de l’avenue Salvador-Allende, dans le quartier du Tonkin, est conçue par l’agence Gimbert-Vergely et construite entre 1981 et 1983. Cette architecture conceptuelle est le résultat d’une démarche innovante qui tente d’allier les principes de l’habitat collectif et ceux de l’habitat individuel. Elle participe au large projet de rénovation urbaine mené au sein du quartier, au cours de la seconde moitié du 20e siècle.

façade de la résidence Jean-Gabin (photo Le Rize)
plan de façade de la résidence Jean-Gabin (architectes Gimbert et Vergely)
Plan d'étage de la résidence Jean-Gabin (architectes Gimbert et Vergely)

Auteur(s) : Sandrine Madjar, historienne de l'art

Une requalification urbaine

À la fin des années 1950, la municipalité de Villeurbanne souhaite entreprendre la rénovation urbaine du quartier du Tonkin où sont présentes de petites constructions servant de logements aux artisans et ouvriers de la Ville. Dans un souci de transformer ce quartier insalubre en un nouvel espace moderne et attractif, la municipalité approuve en 1963 le projet de rénovation proposé par la SERL[1]. En 1966, les premiers travaux débutent en vue de créer un quartier à vocation résidentielle et tertiaire. Cette réorganisation urbaine se divise en trois phases de construction successives. La réalisation de l’immeuble Jean-Gabin s’inscrit dans la deuxième phase d’aménagement qui concerne une vaste zone située dans la partie ouest du quartier. Cette seconde tranche, décidée en 1973, est majoritairement dédiée aux équipements collectifs et concerne essentiellement des bureaux, des logements, des équipements sportifs, commerciaux et socioculturels.

Les acteurs du projet

La SERL en charge de la requalification de ce quartier revend les terrains à différents promoteurs en prêt à bâtir. L’OPAC du Rhône[2], qui gère le logement des ménages aux revenus modestes et est le maître d’ouvrage de plusieurs logements sociaux au sein du quartier, acquiert le terrain non bâti qui borde la nouvelle avenue nommée Salvador-Allende depuis 1978. L’organisme commande, en 1979, la construction d’un immeuble de logements à l’agence Gimbert-Vergely, l’une des plus importantes de la région lyonnaise.

L’agence est fondée en 1968 par les architectes urbanistes René Gimbert et Jacques Vergely[3]. Ils sont notamment connus pour avoir effectué une autre réalisation majeure dans le quartier du Tonkin, l’immeuble du SEPTEN, entre 1982 et 1984. Leur agence s’intéresse de près à la problématique des logements sociaux, adoptant les principes d’une architecture fonctionnelle et économique. Déposé le 30 juillet 1980, le permis est arrêté en juin 1981 et  le chantier débute en septembre de la même année [4].

La SERL qui aménage progressivement le quartier, demande à la municipalité de baptiser les rues, places et bâtiments en construction. Lors de la séance du 9 octobre 1978[5], le conseil municipal délibère, en accord avec les associations de riverains, que les espaces publics et nouveaux bâtiments du Tonkin porteront des noms de cinéastes, de metteurs en scène ou de personnalités chères à la ville. C’est dans cet esprit que le conseil municipal et le maire Charles Hernu décident, lors de la séance du 6 avril 1981[6], de nommer la résidence en construction, du nom de l’acteur français Jean Gabin (1904-1976).

Un habitat collectif et individuel

Les architectes René Gimbert et Jacques Vergely se sont préoccupés de conceptualiser des solutions nouvelles. Leur souci constant de proposer des logements fonctionnels et modernes les pousse à répondre à la question : « Pourquoi le logement collectif ne s’inspire-t-il pas davantage de ce qui fait l’attrait de la maison individuelle […] ? »[7], c'est-à-dire des orientations multiples, des volumes spacieux, intimes et ouverts sur l’extérieur. Ils souhaitent ainsi s’éloigner des conceptions plus traditionnelles basées sur la répétition d’un même appartement à tous les étages, avec une  orientation unique. Cependant dans la conception du Jean-Gabin, ils gardent le principe de superposition d’éléments des tours traditionnelles, qui libère au maximum l’espace autour de l’édifice.

Une architecture innovante

Le Jean-Gabin, réalisé en béton industriel préfabriqué recouvert par un enduit, est déclaré achevé en mai 1983. Il compte quatorze étages et comporte deux niveaux de sous-sol. S’élevant à près de 42 m de hauteur pour une assise d’environ 33 m de côté le bâtiment est couvert par une toiture terrasse. La construction s’organise autour de l’escalier commun, noyau central de l’édifice, où viennent se greffer cinquante-cinq logements en forme de L. Chaque aile accueille un espace jour et un espace nuit et comporte trois hauteurs différentes sous plafond en fonction de la destination des pièces. Le hall d’entrée présente une hauteur de 2, 60 m et dessert d’un côté la partie nuit d’une hauteur de 2, 20 m et de l’autre côté la partie jour d’une hauteur de 2, 90 m. Cette variation des hauteurs sous plafond se traduit au sol, pour les étages supérieurs, par de petites marches qui délimitent les espaces.

Le plan en L qu’adoptent les logements permet de faire tourner le dispositif de 90° à chaque étage. Ainsi d’un niveau à l’autre, les parties jour viennent se superposer aux parties nuit des logements inférieurs. Ce principe de décalage permet de rattraper les différences de niveaux et d’offrir pour chaque appartement plusieurs cadres de vues. Il permet également de limiter la répétition des balcons présents en façade un étage sur deux et d’offrir de larges dégagements pour chaque balcon qui gagne en luminosité. En prolongement des espaces de vie, ces balcons sont, soit fermés par des baies vitrées coulissantes permettant ainsi d’adapter le logement en fonction des saisons, soit ouverts sur l’extérieur avec des jardinières en béton moulé.

La configuration intérieure de l’immeuble rend complexe la lecture des façades car sur chacune d’elles on dénombre sept balcons, alors que l’immeuble comprend quatorze étages. Les logements en L et le décalage des volumes en plan se retrouvent dans l’élévation par un jeu de retraits et d’avancées qui dynamise le rythme des façades. Par ce dispositif, les architectes s’éloignent de la répétition systématique des étages propre aux tours traditionnelles.

La conception architecturale de cet édifice tranche avec celle des premières réalisations du Tonkin, marquées par les influences du style international où l’empilement de logements identiques confère aux immeubles des façades lisses. La partie ouest du quartier du Tonkin, où est implanté le Jean-Gabin, reflète davantage le courant architectural du postmodernisme [8] des années 1980 marqué par des architectures aux formes éclectiques. Elle témoigne de la rupture entre les différentes phases de construction du Tonkin et offre une nouvelle conception des logements sociaux qui reste d’actualité.


Notes

[1] Société d’Équipement du Rhône et de Lyon

[2] Offices Publics d’Aménagement et de Construction.    

[3] Les deux architectes urbanistes ont œuvré activement dans la région lyonnaise, particulièrement à Villeurbanne, en réalisant des constructions résidentielles et tertiaires.

[4] PC156/1980 : OPAC du Rhône, résidence « Jean-Gabin », (1980).

[5] 1D306 : Délibération du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 9 octobre 1978, p. 377.

[6] 1D309 : Délibération du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 6 avril 1981, p. 163.

[7] LEGRAND (Christian), Le logement populaire et social en lyonnais 1848-2000, Lyon, Éditions Aux Arts, 2002, p. 450.

[8] Courant architectural du dernier quart du 20e siècle qui laisse place à une plus grande liberté de forme, en réponse au style international des années précédentes.


Bibliographie

Beaufort (Jacques), L’architecture à Lyon : Tome II-Lyon et le grand Lyon des XIXe et XXe siècles, Saint-Julien Molin-Molette, Jean-Pierre Huguet Éd., 2001, 308 p.

Legrand (Christian), Le logement populaire et social en lyonnais 1848-2000, Lyon, Éditions Aux Arts, 2002, 486 p. (cote AMV 2C2412)

Permezel (Bruno), Villeurbanne 27e ville de France : Histoire des rues histoire des noms, Lyon, Éditions BGA Permezel, 1994, 262 p. (cote AMV 2C15)

Roche (Charles), Un Tonkin peut en cacher un autre : recueil historique et anecdotique du quartier du Tonkin et ses environs, Lyon, Aléas, 2006, 362 p. (cote AMV 2C258)


Sources

Archives municipales de Villeurbanne :

Permis de construire 156/1980 : OPAC du Rhône, résidence « Jean-Gabin », (1980).

Permis de construire 5/1982 : OPAC du Rhône, modification du permis de construire, (1982).

1D306 : registre de délibérations du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 9 octobre 1978, p. 376-378.

1D309 : registre de délibérations du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 6 avril 1981, p. 162-163.

Sources imprimées :

« Le Tonkin : réconcilier l’homme avec l’homme », Bulletin Municipal Officiel ville de Villeurbanne, 4e trimestre 1974, p. 17-19.

« Un quartier pour notre temps, le nouveau Tonkin », Bulletin Municipal Officiel ville de Villeurbanne, février 1977, p. 24-26.

« Le plan d’urbanisation du Tonkin », Bulletin Municipal Officiel ville de Villeurbanne, octobre 1978, p. 22-23.

« Un urbanisme pour la vie de tous les jours », Supplément au Bulletin Municipal Officiel ville de Villeurbanne, décembre 1982, p. 3-6.

 Source orale :

« Interview René Gimbert », Exposition Des Maisons à Villeurbanne, Le Rize, vidéo du 4 février 2013.


Mots-clés : Urbanisme
Thèmes : Architecture et urbanisme, Logement

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