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Consultation

Le socialisme à Villeurbanne (1905-2015) (1).

110 années se sont écoulées depuis la création de la SFIO en avril 1905 : 110 ans d’existence, mais peu d’années de pouvoir. Au plan national, le Parti socialiste et la gauche n’auront exercé le pouvoir que pendant un quart de siècle. Sur la même période, le rapport s’inverse à Villeurbanne : on a parlé volontiers de « socialisme municipal » pour caractériser la gestion de la ville car les socialistes n’ont finalement été écartés du pouvoir municipal que durant une vingtaine d’années. Une chronologie des différentes municipalités depuis la création de la SFIO est un préalable nécessaire à l’analyse de leur action.

 

plaquette de propagande électorale pour les élections municipales de mai 1912
plaquette de propagande électorale pour les municipales de mai 1935
dernière page du suppl. au périodique du parti socialiste Changer la vie, n°3 (1978)

Auteur(s) : Gilbert Chabroux, conseiller municipal (1965-1977), adjoint au maire (1977-1989) puis maire de Villeurbanne (1990-2001) et sénateur (1995-2004), et Dominique Grard, archiviste, ville de Villeurbanne

Les municipalités successives

         En 1905, la municipalité est socialiste avec Émile Dunière, maire de 1903 à 1908. Mais Jules Grandclément, qui lui succède[1], rompt avec la SFIO[2] au Congrès de Tours en 1920 où il prend position pour la IIIème Internationale communiste. Vingt conseillers le suivront, dix resteront fidèles à Léon Blum[3]. Le Conseil municipal est alors le théâtre de vifs affrontements qui le contraignent à la démission.

 En 1922, c’est un autre communiste, Paul Bernard, qui est élu, mais ne le reste que deux années à l’issue desquelles, en 1924, la SFIO l’emporte et Lazare Goujon devient maire. Le socialisme villeurbannais produit alors des réalisations qui feront date : la création du nouveau centre urbain, l’habitat social pavillonnaire du type « cottages », le Palais du travail et les équipements sociaux et sportifs. L’expression culturelle bénéficie de moyens importants avec l’Université prolétarienne, le théâtre populaire, la bibliothèque municipale. En 1926, un outil de communication et d’information est mis en place avec la création d’un bulletin municipal officiel [4].

Mais la gestion financière de la ville dérape, essentiellement à cause du financement de l'opération immobilière des Gratte-Ciel  et les communistes reprennent le pouvoir avec Camille Joly en 1935. Ils ne pardonneront jamais à Lazare Goujon de leur avoir laissé une situation aussi dégradée, aggravée par les effets de la grande crise économique de 1929.

Dans les années trente, les femmes n’avaient pas encore le droit de vote ; Lazare Goujon, avant de perdre son poste, avait organisé parallèlement aux élections municipales officielles, l’élection de « conseillères privées », par les mêmes électeurs masculins. Les communistes qui gagnent les élections, s’en inspirent et quatre conseillères communistes sont élues en 1935.

En 1939, la majorité du Parlement vote la mise hors la loi du Parti communiste français ; le préfet dissout donc la municipalité et nomme une délégation spéciale dont l’objectif principal est d’assainir les finances communales.

Après l’épisode du gouvernement de Vichy qui, en 1941, désigne Paul Chabert comme maire, les communistes reviennent en 1945 à la mairie avec Georges Lévy mais perdent la majorité en 1947. Lazare Goujon, profitant du système électoral, se réinstalle dans le fauteuil de maire. En fait, les communistes avec 17 élus, sont très largement majoritaires en nombre de voix ; en face d’eux, se présentent 10 RPF, 6 radicaux et seulement 4 socialistes (dont Lazare Goujon et Étienne Gagnaire qui fait son entrée au Conseil municipal). Lazare Goujon est réélu dans un « grand chahut », selon ses propres termes, à la tête d’une municipalité de transition.

En 1954, Lazare Goujon, usé, malade, donne sa démission, au profit de son premier adjoint Étienne Gagnaire.

 Aux élections municipales qui suivent, en 1959 et en 1965, la SFIO gagne des sièges, la droite et le Parti communiste reculent. A gauche, en 1965, certains [5] veulent espérer que la municipalité retrouvera une orientation socialiste claire et c’est avec cet espoir qu’ils s’engagent.

Mais rien ne change ! Bien au contraire, deux ans plus tard, les élections législatives de 1967 vont provoquer la rupture. Les partis de gauche non communistes (SFIO, Convention des Institutions républicaines, Parti radical) réussissent, non sans mal, à constituer la FGDS (Fédération de la Gauche Démocrate et Socialiste) et à signer avec le PCF un accord de désistement pour le second tour au profit du candidat le mieux placé. Sur l’ensemble de la circonscription -qui est alors vaste et comprend, outre Villeurbanne, les communes de Vénissieux, Saint-Fons, Vaulx-en-Velin et Bron-, c’est le candidat communiste, Marcel Houel, maire de Vénissieux, qui vient en tête devant Étienne Gagnaire. Refusant de se désister, ce dernier sera largement battu.

 Un an plus tard, après les évènements de mai 1968, les nouvelles élections législatives confirment cette tendance. Étienne Gagnaire est une nouvelle fois battu. Son acte d’indiscipline lui vaut d’être exclu de la SFIO. La section socialiste est dissoute. Quelques militants s’emploient laborieusement à la reconstruire. Jusqu’en 1972, aux lendemains du Congrès d’Épinay [6], le socialisme villeurbannais est, pour ainsi dire, inexistant, alors qu’il avait connu un passé glorieux. La municipalité d’Étienne Gagnaire ne cesse de s'éloigner de sa référence initiale.

En mars 1977, l’élection de Charles Hernu, proche de François Mitterrand, lui donne un nouvel élan. C'est à nouveau une période riche de réalisations dans la droite ligne du Parti socialiste de l'époque. A la disparition brutale du maire, le 17 janvier 1990, Gilbert Chabroux est désigné pour lui succéder ; passant devant les électeurs en 1995 puis en 1998, il termine son mandat en mars 2001. Le relais est repris par Jean-Paul Bret, démarrant alors le premier de ses trois mandats, jusqu'à ce jour.

 Si l’histoire politique de la ville est assez mouvementée dans la première moitié du 20e siècle, elle accuse une continuité certaine à partir du retour de Lazare Goujon après la 2e guerre mondiale.



Notes

[1] Voir la brochure –bilan pour les élections municipales de mai 1912, L’œuvre d’une municipalité socialiste 1908-1912, Imp. Nouvelle lyonnaise (1912)

[2]  SFIO : Section française de l'internationale ouvrière

[3] Secrétaire du groupe parlementaire SFIO au congrès de Tours (décembre 1920), il critique les conceptions des partisans de la IIIe Internationale ; avec Paul Faure, devenu secrétaire général du parti, qui se reconstitue après la scission, Léon Blum, leader parlementaire et directeur du Populaire de Paris, travaille à reconstruire la « vieille maison » détruite par la rupture de l'unité.(source : http://www.larousse.fr/encyclopedie)

[4] Bulletin Municipal Officiel de la ville de Villeurbanne créé en 1926, devenu le mensuel Viva.

[5] Dont l’auteur Gilbert Chabroux, qui rejoint l’équipe municipale dès 1965

[6] Au Congrès d’Epinay : 16 juin 1971, François Mitterrand prend la direction du Parti Socialiste ; il veut créer un parti socialiste ouvert aux autres forces de gauche, c'est-à-dire les radicaux, les républicains et les chrétiens, ce que la SFIO refusait jusqu'à présent.



Bibliographie

Meuret, Bernard, Le socialisme municipal : Villeurbanne 1880-1982, Presses Universitaires de Lyon, 1982, 301 p. (cote AMV 2C3)


Sources

 

 


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