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Consultation

Cours Émile-Zola

Le Cours Emile-Zola traverse toute la ville de Villeurbanne d’ouest en est, formant l’artère principale sur laquelle se greffent de nombreuses rues. Aujourd’hui large comme un boulevard, le cours Emile-Zola a pour origine un tout petit sentier.


Cours Emile-Zola, carte postale couleur
Cours
Cours Émile-Zola, depuis les Charpennes carte postale

Auteur(s) : Alain Belmont /Dominique Grard , Historien/Archiviste de la ville de Villeurbanne

Le premier sentier de Lyon à Cusset

Au 18e siècle, il ne dessert que des champs labourés, quelques maisons et les rives du Rhône. On l’appelle alors « sentier de Lyon à Cusset ». Le plus ancien cadastre de la commune le représente à peine, lui accordant au mieux deux lignes parallèles, et de simples pointillés dans ses parties les moins fréquentées. Les Villeurbannais de l’époque lui préfèrent d’autres voies plus commodes, et en tout premier lieu la grande route de Crémieu. Cette ancêtre de la rue Léon-Blum et de l’avenue Félix-Faure débouche des plaines du Dauphiné, passe près de l’église du village et gagne le pont de la Guillotière où elle entre dans Lyon. Sous l’Ancien Régime, on emprunte également le chemin qui, partant aussi de la Guillotière, mène à Vaulx-en-Velin. La rue Moncey et l’avenue Salengro en sont les descendants.

En 1775, l’architecte Jean-Antoine Morand jette un nouveau pont sur le Rhône, ouvre une avenue à travers champs – le cours Vitton – et fait sortir de terre le quartier des Brotteaux. Les habitants de Villeurbanne voient d’abord ces travaux d’un très mauvais œil. En 1781, le conseil municipal tente même d’arrêter « l’entreprise d’un nouveau chemin » faite par Morand sans leur autorisation. Lyon déborde de plus en plus sur la rive gauche du Rhône, au point de gagner les champs des Charpennes, qui se muent en quartier.

Mais la progression de Lyon n’allant pas aussi vite que prévu, en 1869, on songe à supprimer le vieux chemin de Lyon à Cusset, puisqu’il est « entièrement abandonné sur une grande partie, et maintenu sur le reste de son parcours à l’état d’un simple sentier sans limites fixes, par pure tolérance de la part des propriétaires des terrains traversés ».

Souhaitant donner du travail aux nombreux chômeurs arrivés en masse après la défaite de la France et la chute de l’Empire en 1870, le conseil municipal décide d’ouvrir une nouvelle voie : le 15 décembre 1870, le conseil municipal envisage de créer « un chemin partant du cours Vitton et allant à la route départementale n° 9, dite route de Lyon à Crémieu ». Ainsi les Charpennes seraient reliés au village de Cusset par une belle allée en ligne droite, longue de 4 kilomètres et large de 20 mètres.

Le « cours Vitton prolongé », comme on l’appelle d’abord, nécessite presque un siècle de querelles et de travaux… Une fois le projet rendu public, les propriétaires des parcelles traversées par la future avenue adressent des réclamations à la municipalité. De 1871 à 1875, la mairie est contrainte d’exproprier par voie judiciaire les terrains nécessaires. Même le curé proteste contre la démolition de son presbytère, qui se situe sur le tracé du cours. L’appui de la préfecture et du Conseil général permet d’entamer le chantier en 1876. Les entreprises commencent par l’extrémité ouest, près de l’actuelle place Charles-Hernu, et progressent en direction de l’Est. Malgré son importance unanimement reconnue par les hommes politiques, le « projet gigantesque » du cours Vitton-prolongé se heurte aux réalités financières : son égout coûterait à lui seul 500 000 frs. La commune emprunte autant qu’elle peut, tandis que les subventions du département tombent au goutte à goutte.

Pavé après pavé, la chaussée progresse inexorablement, tout au long des années 1880 et 1890.

Le baptême du cours

 En 1902, le Conseil municipal rebaptise l’avenue. Les confusions incessantes entre le cours Vitton lyonnais et son prolongement villeurbannais d’une part, la mort de l’auteur de « J’accuse », de L’Assommoir et de Germinal le 29 septembre 1902 d’autre part, lui en fournissent l’occasion. Le 22 octobre, une délibération du conseil municipal lui donne le nom de « l’éminent écrivain, l’homme de caractère et d’énergie, qui par sa loyauté et sa droiture sut, à une époque troublée, élever sa voix pour la justice et le droit ; par ce geste, notre ville ouvrière témoigne de l’attachement au travail, aux arts [et] à la probité de ce grand citoyen ».

Le percement du dernier tronçon

Après la Première guerre mondiale, le cours s’arrête toujours avant la vieille église, au carrefour avec la rue du 4-août, même si, dès 1911, on trouve en archives un registre des riverains regroupés en Comité de défense des intérêts du quartier de Cusset, prêts à céder leurs terrains pour le prolonger jusqu’à la route de Crémieu (Léon-Blum actuelle). La guerre interrompt les transactions et c’est en 1924 que la municipalité de Lazare Goujon lance les études de prolongement de ce tronçon final, non suivies de réalisation.

En novembre 1946, le Conseil général du Rhône examine les travaux urgents nécessaires pour réparer les dommages de la seconde guerre mondiale. La reconstruction des ponts de Lyon et l’achèvement du parc de Parilly sont à l’ordre du jour. L’artère majeure de Villeurbanne, quant à elle, ne dépasse toujours pas l’ouest de Cusset. Le rapporteur du dossier, Laurent Bonnevay, propose donc d’affecter « un complément de crédit de 1.800.000 frs [pour] le prolongement du cours Émile-Zola  ». En 1951, le conseil municipal remet au département l’ensemble des terrains nécessaires au projet, dont le presbytère de Cusset et une partie des dépendances de l’école de garçons Ernest-Renan, moyennant une indemnité de 4 millions de francs.

Mais il faut bien plus d’une décennie pour que le cours arrive enfin au bout de son chemin. En 1955, le projet entre dans une « phase active » selon les termes d’une délibération qui affecte aux travaux une partie d’un emprunt initialement destiné à l’acquisition de terrains pour accueillir HLM et groupes scolaires.

Il faut pourtant attendre une délibération de 1958 pour que soit validée la proposition des Ponts et Chaussées de lancer les travaux entre la rue Bourgchanin et la rue Léon Blum. La Ville participe à 60 % du montant des travaux, à condition que les services du département assurent en même temps l’aménagement du carrefour entre le cours et le boulevard de ceinture (aujourd’hui Laurent-Bonnevay). En 1959, devant l’impossibilité de financer le carrefour, ils repoussent encore le prolongement du cours à l’année suivante.

En 1978, une première restructuration du carrefour dit « de la Soie », aboutissement du cours Émile-Zola, de la rue Léon-Blum, de la rue du Cimetière et de la rue de la Soie est étudiée dans le cadre de l’aménagement du boulevard L. Bonnevay en autoroute urbaine : création d’une voie de transport en commun en site propre et refonte de l’intersection du cours É. Zola et de la rue de la Soie. Mais c’est en 1984, que l’aménagement du carrefour, grâce à une cession par la ville d’une portion de terrain du cimetière, est finalement présenté à l’approbation du Conseil général. Il s’agit alors d’accroître la sécurité des usagers : leur vitesse excessive et la courbe le long du cimetière sont cause de nombreux accidents.

Le métro

Dès 1969, l’objectif de la SEMALY, (société d’étude du métropolitain de l’agglomération lyonnaise), soutenue par le maire de Lyon, Louis Pradel, est de desservir la ligne la plus forte du réseau, la ligne 7, qui relie Villeurbanne à Perrache par le pont Morand, le cours Vitton et le cours Émile-Zola - et aussi le quartier en devenir de la Part-Dieu-. Le chantier débute en mai 1973. S’en suivent trois années de travaux qui éventrent les grandes artères commerçantes de Lyon et le cours Émile-Zola. Au bout de cinq ans, le 28 avril 1978, le président de la république Valéry Giscard d’Estaing et son premier ministre Raymond Barre, en présence des maires de Lyon, Francisque Collomb et de Villeurbanne, Charles Hernu, inaugurent la ligne A du métro mise en service le 2 mai suivant. Partant de Perrache, elle se limite alors à Cusset. Six stations réparties sous le cours Émile-Zola desservent Villeurbanne suivant une transversale est-ouest d’environ 4 km.

Création des grands équipements

Dans la deuxième moitié du 20e siècle, le cours élargi à vingt mètres va se doter des équipements structurants de la ville : la Maison des sports (1958), devenue salle Raphaël de Barros en 1995, le supermarché Carrefour (1964), le lycée Brossolette (1966), l’église Saint-Julien de Cusset (1969), le Centre Culturel (1969), le gymnase de Cusset (1983), la Maison du livre de l’image et du son (1988) et le nouveau commissariat de police (2010).

L’histoire du cours n’est pas achevée pour autant, puisqu’en 2014, sont entamés des travaux destinés à lui donner un nouveau visage.


Sources

Archives municipales de Villeurbanne (Le Rize)

1D266-272 Registres des délibérations municipales, (1869-1902).

1M22 Transformation nécessitée par le prolongement du cours Émile-Zola  (1941-1943) ; plan d’alignement du cours Émile-Zola  (1/1000e) (1941); projet de réalisation du prolongement du cours Émile-Zola  (1951) ; projet de réalisation du prolongement du cours Émile-Zola  (1951), correspondance (1942-1958)

1O24, 25, 26 Cours E. Zola : plan de la traverse du hameau des Charpennes (1828), plans (1865-1950), cahier des noms des donateurs de terrains pour le prolongement (1911), plans de prolongement (1867-1972)

 1O67 Société de canalisation du cours Vitton prolongé : délibérations du conseil municipal (1893-1908), traité de concession (1897), procès-verbal de réception des travaux (1898).

2O6 Avant-projet du métro de l'agglomération lyonnaise (1969). Arrachage et plantation d'arbres cours Émile-Zola  (1974) : correspondance, tableau de répartition des commerçants, plan coupe du cours pendant le battage des palplanches, plan-coupe des travaux terminés, encombrement du matériel de battage, notice explicative, plans (éch. 1/2000e).

2O8 Métro. Constitution d'une société d'économie mixte (1964-1971) ; étude du métro (1964-1968) ; Association des commerçants du cours Émile-Zola  : correspondance, compte-rendu de la réunion d'information et assemblée constitutive du 25 juillet 1974, articles de presse (1974-1976) ; indemnisation des commerçants (1977).

247W11 Travaux d’aménagement du carrefour Émile-Zola /grande rue des Charpennes (1984), du carrefour de la Soie (rue Léon Blum/ cours Émile-Zola / rue du Cimetière/ rue de la Soie) (1984-1985)

Iconographie

2Fi73 passants rassemblés sur le cours Émile-Zola , quartier des Charpennes, carte postale (1906)

2Fi74 vue perspective du cours Émile-Zola  avec le tramway de la ligne Cusset-Cordeliers en premier plan, carte postale (1905)

2Fi75 vue perspective du cours Émile-Zola  avec le tramway de la ligne Cusset-Cordeliers en premier plan, carte postale (1915)

2Fi429 vue perspective du cours Émile-Zola , à hauteur du groupe scolaire du même nom, avec des écoliers à l'angle du cours de la République, carte postale colorisée, (1905)

2Fi443 vue perspective du cours Émile-Zola  aux Charpennes, avec personnages et kiosque publicitaire en premier plan, carte postale (1907).

 
Archives départementales du Rhône

E dépôt 256/4 Affaires communautaires : actes d’assemblée (1781)

S 191  Dossiers communaux : chemin de grande communication n°6 : Villeurbanne (1881-1888).

3293 W 1  (1946)


Mots-clés : Urbanisme
Thèmes : Architecture et urbanisme

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