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Résidence Pierre-Cacard

La résidence Pierre-Cacard forme un important ensemble édifié par l’Office départemental des Habitations Bon Marché, sur la rue du même nom et la rue du 4-août-1789. Inaugurée en 1939, elle fait partie d’un large programme de réflexion du 20e siècle sur le logement social afin d’offrir aux populations ouvrières de meilleures conditions de vie.

Plans pour la construction de la résidence en 1921 (cote 5J290)
façades sur la rue du 4-août-1789 à la fin des années 1930 (photo E. Poix, cotée 4Fi 507)
la résidence Pierre Cacard restaurée (photo Michallet)

Auteur(s) : Sandrine Madjar, historienne de l'art

La problématique du logement social au début du 20e siècle

À la charnière des 19e et 20e siècles, Villeurbanne connaît une forte expansion industrielle. Les travailleurs viennent s’installer en nombre à proximité des centres de production. Les logements des ouvriers, au 19e siècle, sont caractérisés par l’insalubrité et le surpeuplement qui favorisent le développement d’épidémies. C’est en plein courant hygiéniste [1] que s’instaure la problématique du logement social. Il devient urgent de lutter contre la vétusté de ces habitations afin d’améliorer la santé publique, la production industrielle et de préserver une stabilité politique.

La réflexion d’hygiénistes et d’architectes désireux d’améliorer le cadre de vie des ouvriers entraîne la création officielle de la société française des Habitations à Bon Marché par la loi Siegfried du 30 novembre 1894[2]. Des comités départementaux voient le jour et ont pour mission de faire édifier des constructions d’habitation salubres et peu onéreuses. La loi Laurent Bonnevay du 23 décembre 1912[3] met en place les Offices d’Habitations à Bon Marché qui impliquent financièrement les municipalités et l’État dans la construction des logements sociaux.

 Les phases de construction de la résidence

Le 7 septembre 1931[4], le conseil d’administration de l’Office public des HBM du département du Rhône délibère pour l’achat de trois parcelles de terrains, situées rue du 4-août-1789, qu’il acquiert au début de l’année 1932. Le projet, situé à proximité du nouveau centre-ville des Gratte-Ciel inauguré en 1934, lui est concomitant.

L’Office départemental des HBM, présidé par Laurent Bonnevay [5], désire réaliser un important groupe d’habitations desservi par une voie privée, ceinturé par un mur de clôture, permettant d’offrir à 200 familles populaires un logement décent et confortable.

Le projet est confié en 1932 à l’architecte Auguste Hamm qui œuvre notamment à Villeurbanne pour la construction de logements sociaux. Les travaux, autorisés le 28 novembre 1934[6], débutent par la construction de huit habitations proposant 140 logements. Les résidences sont achevées et habitées dès 1936. Afin de desservir les habitations, l’Office départemental des HBM ouvre une impasse privée de 144 m de long et de 14 m de large. Elle  conduit à des portes piétonnes qui permettent un accès au cours Émile-Zola.

Une deuxième période de construction est menée par le même architecte au cours de l’année 1938 avec l’édification de deux immeubles donnant sur la rue du 4-août-1789. Ces bâtiments comprennent 60 logements supplémentaires et sont réalisés en moins d’un an. L’ensemble de la résidence est officiellement inauguré le 10 juin 1939 sous la présidence de Laurent Bonnevay [7].

 Pierre Cacard

Originaire de la Creuse, Pierre Cacard naît le 25 novembre 1863. Menuisier de profession, il enseigne le dessin industriel à partir de 1906 au sein de l’école de la Cité. Il devient conseiller municipal à partir du 10 mai 1908 sous le mandat de Jules Grandclément et est nommé adjoint au maire Lazare Goujon le 6 novembre 1924. Il décède au cours de ses fonctions le 5 décembre 1933[8].

 En 1936, pour fêter son dixième anniversaire, l’Amicale des anciens et anciennes élèves des écoles laïques de la Cité demande à la municipalité d’attribuer le nom de Pierre Cacard à une rue de la ville. Le conseil municipal émet un avis favorable lors de la séance du 16 mai 1936[9]. Afin de ne pas modifier le nom d’une rue existante, il est convenu d’attribuer le nom de Pierre Cacard à la nouvelle résidence ainsi qu’à son impasse privée dont les aménagements viennent de s’achever. Ce n’est qu’au début des années 1970 que la rue Pierre-Cacard est prolongée afin d’instaurer une large artère permettant de relier la rue du 4-août-1789 au cours Emile-Zola [10].

 Une architecture hygiéniste

La résidence est aménagée au sein d’une parcelle régulière où sont réparties dix habitations de cinq niveaux construites en béton. Elles adoptent un plan symétrique par rapport à l’axe médian de la rue Pierre-Cacard. La création d’une voie privée, lieu de rencontre et d’échange le long de laquelle s’articulent les habitations, est souvent adoptée dans les constructions des HBM. La disposition en forme de H de la résidence Pierre-Cacard permet d’emprisonner des espaces verts collectifs à l’arrière des habitations. Ces larges dégagements favorisent un apport d’air et de lumière au sein des logements. L’instauration de jardins montre la volonté d’amener la campagne dans la ville pour une meilleure hygiène de vie.

Les habitations réalisées en 1936 se distinguent des immeubles postérieurs de 1938. Le premier ensemble de construction montre le souci de réaliser des logements à échelle humaine. Les habitations adoptent un plan spécifique en fonction du nombre de pièces des logements. Leur élévation, au traitement homogène, est animée par les avancées et les retraits des corps de façades. Elles sont dépourvues d’éléments de décor, excepté un bandeau délimitant le rez-de-chaussée des étages supérieurs. L’entrée des immeubles est centrée, surmontée d’un auvent et souvent mise en valeur par une surélévation de quelques marches. Le percement régulier de larges baies en façade permet un apport maximal d’air et de lumière. Le couvrement de tuiles à plusieurs pans et la présence de cheminées s’inspire de la typologie de la maison individuelle.

Les deux immeubles érigés postérieurement rue du 4-août-1789 présentent une architecture plus imposante qui comporte des balcons à tous les étages ainsi qu’un toit terrasse couvrant les bâtiments. Ils reprennent cependant le rythme de retraits et d’avancées des corps de façade des premières constructions.

La répartition des logements adopte généralement un plan symétrique de part et d’autre de la cage d’escalier centrale. Ils proposent deux à quatre pièces avec une petite cuisine et une salle commune desservant les chambres.

L’architecture de la résidence Pierre-Cacard témoigne d’une tendance qui s’inscrit dans la période d’entre-deux-guerres marquée par l’explosion de la construction de cités ouvrières inspirées des cités-jardins. Cette configuration sous forme de maisons est une solution architecturale qui permet de lutter contre la densification des logements. Ce schéma s’éloigne des modèles des Habitations à Loyer Modéré proposant de grands ensembles standardisés aux façades uniformes.

Dans le cadre de la politique d’embellissement menée par la ville dès 1979, la résidence Pierre-Cacard est entièrement réhabilitée. Les travaux sont supervisés par l’OPAC [11] du Rhône et consistent en une remise à neuf des habitations avec la création de salles d’eau [12]. À partir des années 2000, les façades sont ravalées et l’instauration d’une frise décorative peinte participe aujourd’hui à la mise en valeur de la résidence.

 



Notes

[1] L’hygiénisme est un courant né au cours du 19e siècle qui cherche à améliorer les conditions sanitaires afin de prévenir des épidémies. Il se traduit en architecture, au début du 20e siècle, par la construction de logements salubres destinés aux populations ouvrières particulièrement exposées.

 [2] Legrand (Christian), Le logement populaire et social en lyonnais 1848-2000, Lyon, Éd. Aux arts, 2002, p. 49.

 [3] Id., p. 51.

 [4] 1O47 :  rue Pierre-Cacard : alignements (1931-1955).

 [5] Laurent Bonnevay (1870-1957) fut conseiller municipal de Lyon et député du Rhône.

 [6] 5J290 : Résidence HBM Pierre Cacard, casier sanitaire et plans (1921-1935).

 [7] « Inauguration du groupe des HBM départementales de la rue du Quatre-Août », Bulletin Municipal Officiel de la ville de Villeurbanne, juillet 1939, n° 159, p. 4112.

 [8] « Nécrologie », Bulletin Municipal Officiel de la ville de Villeurbanne, janvier 1934, n° 93, p. 2160.

 [9] 1D278 : Délibération du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 16 mai 1936, p. 386.

 [10] « Prolongement de la rue Pierre-Cacard », Bulletin Municipal Officiel de la ville de Villeurbanne, décembre-février 1971, n° 385, p. 1369.

 [11] Offices Publics d’Aménagement et de Construction.

 [12] 333W36 «Résidence Pierre Cacard, dossier documentaire », V. Julien-Droz, décembre 2004, p.3


Bibliographie

Berthet (Claire), Contribution à une histoire du logement social en France au XXe siècle, Paris, L’Harmattan, 1997, 335 p. (cote AMV 2C2413)

Bonneville (Marc), Naissance et métamorphose d’une banlieue ouvrière, Villeurbanne : processus et formes d’urbanisation, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1978, 287 p. (cote AMV 2C1)

Legrand (Christian), Le logement populaire et social en lyonnais 1848-2000, Lyon, Éditions Aux Arts, 2002, 486 p. (cote AMV 2C2412)

Meuret (Bernard), Le Socialisme municipal : Villeurbanne 1880-1982, Lyon, Presses Universitaires de Lyon, 1982, 301 p. (cote AMV 2C3)

Permezel (Bruno), Villeurbanne 27e ville de France : histoire des rues, histoire des noms, Lyon, Éd. BGA Permezel, 1994, 262 p. (cote AMV 2C15)

 


Sources

Archives municipales de Villeurbanne :

 5J290  Casier sanitaire de la résidence HBM Pierre Cacard : plans (1921-1935).

 1O47   Rue Pierre-Cacard : alignements (1931-1955).

1O203  Rue du Quatre-août-1789 : permissions de voirie (1927-1940).

1D278  Délibération du conseil municipal de Villeurbanne, séance du 16 mai 1936, p. 386.

333W36 Préfiguration du Centre Mémoires et société : «Résidence Pierre Cacard, dossier documentaire », V. Julien-Droz, décembre 2004, 5 pages.

 

Sources imprimées :

« Nécrologie », Bulletin Municipal Officiel de la ville de Villeurbanne, janvier 1934, n° 93, p. 2160.

« Dénomination de la rue nouvelle ouverte par l’Office départemental des HBM sur ses terrains de la rue du Quatre-Août », Bulletin Municipal Officiel de la ville de Villeurbanne, juin 1936, n° 122, p. 2968.

« Inauguration du Groupe des HBM départementales de la rue du Quatre-août », Bulletin Municipal Officiel de la ville de Villeurbanne, juillet 1939, n° 159, p. 4112.

« Inauguration du groupe d'habitations à bon marché de la rue du Quatre-Août (avec photographie) », La Vie Lyonnaise, 24 juin 1939, n°916, p.2-3.

« Prolongement de la rue Pierre-Cacard », Bulletin Municipal Officiel de la ville de Villeurbanne, décembre-janvier-février 1971, n° 385, p. 1369.

« Cinquantenaire de résidence Pierre-Cacard : la fête dans la fête ! », Le Progrès, 23 juin 1986.

 

 


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