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Consultation

François Boursier (chanoine)

Figure emblématique de l’histoire religieuse de Villeurbanne, le chanoine François Boursier est le curé-fondateur de la paroisse Sainte-Thérèse et participe activement aux mouvements de Résistance durant l’Occupation, jusqu’à son arrestation le 16 juin 1944 et son exécution par les Nazis le 20 août 1944.

Portrait
Messe 12 novembre 1944 en l'église Sainte-Thérèse (cl. Excler)

Auteur(s) : Xavier de la Selle, Directeur du Rize

De la formation en Isère à l’arrivée à Villeurbanne

François Boursier naît en 1878, à Saint-Laurent-du-Pont (Isère), au pied du massif de Chartreuse. Élève du petit séminaire de la Côte-Saint-André (Isère), il entre au grand séminaire de Grenoble en 1899. Ordonné prêtre, il célèbre sa première messe le 30 mai 1904 à Villette (hameau de la commune de Saint-Laurent-du-Pont), avant d’être nommé vicaire à Dolomieu.

Mobilisé en août 1914 comme brancardier, il prend part à la bataille de Verdun et à celle du Chemin des Dames. Affecté ensuite à l’état major de la 161e division d’infanterie (service de santé), il poursuit son travail de prêtre et de brancardier en Champagne et en Alsace.

Démobilisé en 1919, il est nommé à quarante ans vicaire à la paroisse de la Nativité à Villeurbanne. Durant les quelques années où il y exerce son ministère, son action essentielle sera de développer la Sentinelle, association paroissiale aux activités multiples : gymnastique, fanfare, chorale, et groupe théâtre, qui animent grandes messes et fêtes de la paroisse.

De la chapelle de la Cité à l’église Sainte-Thérèse

A la demande de son curé, le chanoine Dard, François Boursier prend en 1924 la responsabilité de la « chapelle de la Cité » appelée également chapelle Saint-Louis, fondée en 1879 par l’abbé Camille Rambaud, en lien avec des industriels lyonnais, pour être au plus proche des ouvriers des nouvelles usines implantées dans ce quartier de Villeurbanne. Il en est officiellement le chapelain en 1926. Soucieux de poursuivre l’œuvre de Camille Rambaud, l’abbé Boursier développe de nombreuses activités musicales, sportives et scolaires et charitables, dans le cadre des associations de patronages gérées par les laïcs : Œuvre villeurbannaise de l’abbé Rambaud, et Union Cité Lafayette, créée en 1925. Il s’associe aux religieuses du Rosaire, qui, récemment implantées dans le quartier, ont ouvert un foyer destiné aux jeunes ouvrières, et travaille avec les milieux industriels catholiques, notamment les familles Ancel, Marin et Isaac.

La chapelle devenant trop petite face à l’augmentation du nombre des paroissiens, l’abbé Boursier fait accepter par son évêque la construction d’une nouvelle église, dont la première pierre est posée en novembre 1928. Ce projet ambitieux est contemporain de la création du nouveau centre urbain (Palais du Travail, hôtel de ville et Gratte-ciel) voulu par le maire Lazare Goujon. Si l’on manque de sources pour connaître avec précision les relations entre les deux hommes, plusieurs témoignages semblent établir qu’ils avaient noué des liens d’amitié (1).

L’église Sainte-Thérèse de l’enfant Jésus est consacrée le 17 mai 1931 par l’évêque de Grenoble Mgr Caillot, qui érige le quartier de la Cité en paroisse et en nomme François Boursier curé-fondateur. Les années suivantes voient l’embellissement de l’église par l’acquisition de statues et de vitraux. Passionné et grand amateur de musique, l’abbé Boursier fait installer des orgues construites par la maison Ruche-Guironnet, dont le concert d’inauguration est donné par l’organiste Jean Bouvard le 22 octobre 1933.

Le curé de Sainte-Thérèse et la politique municipale

Dans la seconde moitié des années 1930, marquée par la crise économique et l’arrivée des communistes à la mairie de Villeurbanne, l’abbé Boursier est préoccupé par la question ouvrière et la montée du communisme, qu’il combat dans la droite ligne de sa hiérarchie. Les activités sociales proposées par la municipalité font concurrence à la paroisse, notamment en matière de centres aérés et de colonies de vacances. Le curé va essayer alors de développer les mouvements de jeunes : JOC (Jeunesse ouvrière chrétienne) et Cœurs Vaillants.

Un prêtre dans la Résistance

Pendant les premières années de l’Occupation, François Boursier, nommé chanoine honoraire en 1942, poursuit ses activités paroissiales et continue d’embellir l’église, malgré de grandes difficultés financières. Il se démarque très tôt des positions pétainistes adoptées par l’épiscopat catholique et notamment son évêque Mgr Caillot. Il est vraisemblablement influencé en cela par son ami Hippolyte Cottin, curé de la paroisse de Cusset depuis 1932. Ils seront tous deux accusés en 1940 de propagande contre le Maréchal.

En 1942, probablement en lien avec l’abbé Cottin et Édouard Parel, industriel de Cusset, il accueille dans une salle de la paroisse l’imprimerie du Bulletin de la France combattante. Il participe à la diffusion du journal les Cahiers du Témoignage Chrétien, créé par le père jésuite Pierre Chaillet, ami de la famille Boursier. Entré dans le réseau Jove en décembre 1942, il a pour mission l’hébergement d’agents de la Résistance et le dépôt et le camouflage de matériel. Il est alors en lien étroit avec son frère Sylvain (1883-1944), agriculteur et lui aussi engagé dans la Résistance (2). Le 30 octobre 1943, l’abbé Boursier quitte le réseau Jove et, toujours par l’intermédiaire de l’abbé Cottin, rejoint le Service d’Atterrissage Parachutage (S.A.P.), sous la direction du colonel Rivière, alias « Marquis », dans lequel il conserve le même type de mission. Dans sa cure ou parfois dans la ferme de son frère à Saint-Laurent-du-Pont, son village natal, Boursier cache des réfractaires au STO, des Juifs et des résistants, notamment des chefs importants, comme Eugène Chavant, dit « Clément », responsable du maquis du Vercors en juin 1944. Quelques jours plus tard, il cache le sous-lieutenant Hubert Gominet, dit « l'alouette », opérateur radio. Le 16 juin 1944, des membres d’un « Groupe d’action » (auxiliaires français de la Gestapo)(3), accompagné de Gillet, homme de Francis André (dit « gueule tordue », chef du mouvement national anti-terroriste) se présentent à l’église Sainte-Thérèse où l’abbé Boursier dit la messe de 8h. En attendant la fin de la messe, ils vont à la cure et trouvent Gominet, en train d’émettre à la radio. Celui-ci blesse Gillet avec son revolver, mais finit par se rendre et avouer le lieu de la cache d'armes (mitraillettes, revolvers) derrière l'autel. Un sac de grenades, caché dans l'orgue de l'église ainsi que plusieurs postes radio sont également retrouvés. Gominet, l’abbé Boursier et son vicaire l'abbé Joffray, sont arrêtés, remis aux Allemands et internés à Montluc. Cette arrestation est peut-être due à une dénonciation (on a soupçonné un paroissien, ancien enfant de chœur), mais aussi à la liberté de parole du curé qui ne cachait pas ses opinions.

Les nombreux témoignages de ses co-détenus décrivent un homme proche des autres prisonniers, soucieux de continuer son ministère de prêtre en prison, préoccupé du devenir de sa paroisse et de sa famille. Pendant les 64 jours de sa détention, le chanoine Boursier subit les pires tortures sans jamais parler. Le 20 Août 1944, quelques jours avant la libération de Lyon, il est extrait de la prison et emmené avec cent vingt autres détenus au Fort de Côte-Lorette à Saint-Genis-Laval. Les prisonniers sont rassemblés et fusillés dans la maison du gardien, qui est ensuite incendiée.

La mémoire du chanoine Boursier

La mémoire de François Boursier est honorée très tôt. Six jours après sa mort, le 26 août 1944, le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, célèbre une messe à l’église Sainte-Thérèse, au cours de laquelle il déclare : «…J’ai voulu apporter ici mon hommage à un prêtre qui restera l’honneur de sa paroisse, de son diocèse, de cette cité vaillante de Villeurbanne, de sa patrie vénérée et de l’Église. Légendaire déjà parmi ses compagnons de la résistance comme parmi ses compagnons de Montluc ; un nom autour duquel se crée sans difficulté le rassemblement unanime de tous les cœurs et de toutes les âmes de croyants, de protestants, d’israélites, d’incroyants même ; il n’y a pas d’hérétiques dans le culte de sa mémoire… »

La municipalité de Villeurbanne, dans sa délibération du 28 octobre 1944, donne à la place du marché du Nouveau Centre, le nom de « Place du chanoine Boursier, 1878-1944, martyr de l’occupation allemande », « pour rendre un solennel hommage à la mémoire de M. le Chanoine Boursier, curé de la paroisse Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus, notre compatriote ignominieusement torturé dans les geôles de Montluc, puis brûlé vif à Saint-Genis-Laval, par les bourreaux de la Gestapo… ». Le 17 juin 1945, un monument, haut-relief en bronze, est inauguré en sa mémoire dans l’église Sainte-Thérèse. François Boursier sera également promu en 1946 au grade de chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur.

L'association « Chanoine Boursier » a été créée en 2001 par le père André Baffert, alors curé de la paroisse. Elle a pour but de promouvoir l'amitié et la fraternité entre les Villeurbannais par l'organisation de rencontres et d'évènements culturels ou toute autre manifestation entrant dans ce cadre. Cette association s’occupe notamment des nouvelles orgues de l’église Sainte-Thérèse, provenant de l’ancienne paroisse lyonnaise Sainte-Marie de la Guillotière, construites par le facteur villeurbannais Dunand, qui ont remplacé l’orgue Ruche.



(1) Certains paroissiens disent se souvenir d’un conseil du maire au curé : « Faites grand parce que je vais faire grand » (A. Moreau, p. 162).

 (2) Arrêté par la Gestapo en août 1943, Sylvain Boursier est interné au Camp de Saint-Paul-d'Eyjeaux (Haute-Vienne). Libéré en octobre, il rejoint les FFI mais sera de nouveau arrêté et assassiné par la Gestapo le 19 juin 1944. Son corps ne sera jamais retrouvé.

(3) Liés au Parti populaire français de Jacques Doriot, les « Groupes d'Action » ont été créés en mai 1944.


Bibliographie

Cottin (Hipppolyte), « Le chanoine François Boursier, curé-fondateur de la paroisse de Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus à Villeurbanne », extrait de la Semaine religieuse du diocèse de Grenoble, 7 juin 1945, 8 p.

Meuret (Bernard), Le socialisme municipal. Villeurbanne, 1880-1982, Lyon, P.U.L., 1982, p. 118-121.

Moreau (Alain), François Boursier (1878-1944). Un prêtre de combat. Curé de Villeurbanne, bâtisseur et « apôtre de l’idée de Résistance », mémoire de maîtrise d'histoire sous la direction de Jean-Dominique Durand, université Jean-Moulin, Lyon 3, Faculté des lettres et civilisations, UER d’histoire et de géographie, année universitaire 1990-1991.

Semaine religieuse du diocèse de Lyon, 1-22 décembre 1944, n°41 à 44

 

Site internet réalisé par la famille du chanoine Boursier :

http://www.jean-marcshdelporte.com/chroniques-des-familles-delporte-boursier-brocard-genevier.php


Sources

On trouvera une présentation très complète des sources disponibles dans le travail d’Alain Moreau (voir bibliographie), p. 469-485.

« Dans les paroisses de banlieue, Sainte-Thérèse de l’Enfant-Jésus paroisse de Gratte-Ciel », Le Salut Public, 17 avril 1936, p.3 (AMV : AD 2795)

« Arrestation de Langlade qui vendit l’abbé boursier », La Marseillaise de Lyon et du sud-est, 7 novembre 1944 (AMV : 3C 89)

« Inauguration du monument du chanoine Boursier dans l’église de Sainte-Thérèse », La Voix du Peuple, 16-17 juin 1945, p. 2 (AMV : AD 2045)


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