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Consultation

Gilbert Chabroux

Parcours exemplaire d’un professeur agrégé de sciences physiques, issu d’une famille rurale modeste, dont l’engagement politique constant au sein du parti socialiste l’a mené de tous les mandats locaux, y compris celui de maire de Villeurbanne, à celui de sénateur, parallèlement à un engagement professionnel de 32 années dans cette ville, dans l’enseignement scientifique et technique.

Charles Hernu et Gilbert Chabroux sur les marches de l'hôtel de ville en 1981 (ph. Ville de Villeurbanne)
Les 3 frères Chabroux (arch. familiales)
Le maire aux Gratte-Ciel (Ph. G. Michallet)
Après les élections de 1995, l'équipe municipale (ph. Schuller)
Le maire en 1995 (ph. P. Schuller)

Auteur(s) : Véronique Lemaître-Paccallier, responsable d'associations villeurbannaises d'éducation populaire et laïque, Dominique Grard, archiviste de la ville de Villeurbanne

 Du Limousin à Villeurbanne : des origines rurales et une formation laïque

Né le 27 décembre 1933 à Berneuil (Haute-Vienne), Gilbert Chabroux, issu d’un milieu rural et modeste du Limousin, d’une famille de fermiers, métayers, ouvriers agricoles, est l'aîné d'une fratrie de trois garçons. Bien que cultivateur, leur père, grand invalide à la suite d’une maladie contractée pendant son service militaire, doit abandonner le travail de la terre ; pensionné, il installe sa famille dans la localité de Peyrat-de-Bellac, non loin d’Oradour-sur-Glane[1]. « A Oradour, les habitants ont été massacrés et le village incendié ! La rumeur était parvenue  jusqu’à nous. La famille s’était rassemblée dans le jardin. Le soir tombait, on a vu des flammes et le ciel s’est embrasé. Nos parents nous ont dit : « N’oubliez jamais ! ». Je suis toujours marqué par le souvenir de ces atrocités et je hais la guerre, toutes les guerres »[2].

Le parcours scolaire de Gilbert Chabroux s’effectue durant la période d’après-guerre, dans un « bain de laïcité ». L’institutrice de la petite école communale réussit à convaincre ses parents de l’envoyer au collège, à Bellac : il est le premier enfant à quitter le travail de la terre et la bourse couvre les frais de l’internat.

Villeurbanne : une vie professionnelle résolument tournée vers l’enseignement et la pédagogie

En 1950, il entre à l’École normale d’instituteurs, à Limoges, en sort major de sa promotion en 1954, et bénéficie à nouveau d’une bourse pour préparer le concours d’entrée à l’École normale supérieure de l’enseignement technique (ENSET), à Cachan, en région parisienne. Il y entre en 1955, année des débuts de son engagement politique et en sort en 1958 également major de sa promotion. Professeur de sciences physiques, il est nommé à Villeurbanne au Groupe d'enseignement technique de la métallurgie (GETM), situé rue Dedieu.

 Mais c’est la période de la guerre d’Algérie. Gilbert Chabroux part au service militaire le 1er janvier 1959, affecté à la Section Technique de l’Armée qui recrute des scientifiques sortant de grandes écoles à la suite des essais atomiques de Reggane. Envoyé en Algérie, à Béni-Ounif, au nord de Colomb-Béchar, le long de la frontière avec le Maroc, dans une zone très agitée, il se souvient : « C’était un lieu d’infiltration de fellaghas et nous redoutions les tirs de mortier. Nous avions tous un PM [3] et devions éviter de tomber dans les pièges. Un RIMA[4] et une unité de la Légion étrangère assuraient la sécurité. Mais les accrochages étaient fréquents et nous nous figions lorsque la sonnerie aux morts retentissait dans la cour des casernes voisines. L’atmosphère était assez suffocante. J’ai fait 28 mois, j’ai la carte du combattant. »

 De retour à Villeurbanne, Gilbert Chabroux reprend son poste au GETM où il enseigne à des classes de seconde, première et terminale. Une classe post-baccalauréat de préparation à l’Ecole d’Ingénieurs des Arts et Métiers lui est également confiée. L’établissement est ensuite transféré dans un bâtiment neuf, rue de France[5], et le lycée technique fait place en juillet 1975, à l’IUT. Il est chargé pendant les deux premières années du cours magistral de mécanique générale au département de génie mécanique.

 Il réussit ensuite le concours du professorat des Écoles normales nationales d’apprentissage (ENNA). Devenu ainsi professeur agrégé de Sciences Physiques, il est nommé à l’ENNA de Lyon-Villeurbanne où, adepte de la méthode expérimentale décrite par Claude Bernard [6], il forme des professeurs de lycées professionnels à l’enseignement des sciences physiques. « C’était un travail fabuleux, remarquable, un beau métier que j’ai exercé pratiquement jusqu’au bout. Pas tout à fait, car la disparition brutale de Charles Hernu le 17 janvier 1990 a bouleversé l’organigramme : j’ai été désigné pour lui succéder à la Mairie et j’ai dû demander ma mise en disponibilité pour faire face à mes nouvelles obligations ». Après plus de 32 années consacrées à l’éducation, Gilbert Chabroux met un terme à une carrière qui se sera entièrement déroulée à Villeurbanne.

L’engagement politique avec, puis contre Étienne Gagnaire, entre 1965 et 1977

 « Le refus de la misère et la lutte contre les injustices m’amènent très tôt à m’engager. En 1955 alors que j’entre à l’ENSET, à Cachan, j’adhère aux Jeunesses Socialistes et aux Étudiants Socialistes. » Il intègre ensuite la Section villeurbannaise de la SFIO (section française de l’internationale ouvrière). En 1965, le maire sortant, Étienne Gagnaire, le sollicite pour compléter sa liste. Élu, il supplée l’adjoint à l’éducation et aux sports dans diverses délégations mais il entre en conflit avec le maire lors des élections législatives de 1967 au sujet des alliances avec le Parti communiste. Alors qu’un accord de désistement lie la FGDS[7] (Fédération de la gauche démocrate et socialiste) au PCF, Étienne Gagnaire se maintient au second tour contre le candidat communiste arrivé nettement en tête et perd ces élections. Aux législatives de mai-juin 1968, avec une configuration politique identique, le maire exclu de la SFIO, assume la gestion de la ville en alliance avec la droite et la section de Villeurbanne est dissoute. Gilbert Chabroux s’inscrit alors dans l’opposition au maire et s’emploie à reconstruire la section villeurbannaise avec quelques militants. Aux élections municipales de 1971, il est inscrit sur la liste de gauche conduite par René Desgrand, conseiller général communiste, qui est battue.

 L’action de l'adjoint au maire, aux côtés de Charles Hernu de 1977 à 1989

En 1977, Gilbert Chabroux fait partie du petit groupe qui accueille Charles Hernu et élabore  le manifeste municipal sur lequel sa liste est élue. Deuxième adjoint derrière Jean-Jack Queyranne, il se voit confier la délégation à l’éducation et à la petite enfance. Aux élections municipales de 1983 puis de 1989, il est réélu sur les listes Hernu. En 1979, il représente Villeurbanne au conseil régional. Et, en 1982, il est le premier conseiller général du nouveau canton de Villeurbanne-centre. Dans l’exercice de ses mandats municipaux, départementaux, communautaires et régionaux, il se fait une spécialité des sujets liés à la petite enfance, à l’éducation, à la formation professionnelle et au sport. Pour combler le retard dans ces domaines, il fait programmer ou accélérer la réalisation de nombreuses opérations : reconstruction du collège Louis-Jouvet[8] et reconversion des locaux libérés en lycée professionnel, construction du collège Jean-Vilar[9], et de celui du Tonkin[10]. Il suit aussi de très près la reconstruction de l’École des déficients visuels[11], et obtient que cet établissement soit doté d’un gymnase construit par la ville. De nombreuses crèches et haltes garderies voient le jour au cours de la première mandature de Charles Hernu.

En tant que conseiller à la Communauté Urbaine de Lyon (COURLY), Gilbert Chabroux veille à doter les collèges villeurbannais de gymnases. La Ville contribue aussi lorsqu’il s’agit d’agrandir et d’équiper un gymnase existant, à l’exemple de la salle des Gratte-Ciel[12]. Plus tard, lorsque la COURLY n’a plus de compétences dans ce domaine, la Ville poursuit son effort en dotant le collège Louis Jouvet d’un gymnase[13].

En 1992, avant de quitter le conseil régional où il avait été élu à la tête de la liste socialiste du Rhône, il fait voter un vœu pour la reconstruction du lycée professionnel Alfred-de-Musset sur son site et organise ensuite, en mairie, l’élaboration du projet d’un établissement orienté vers la logistique des transports. Cet ancien lycée d’application de l’ENNA[14] est effectivement reconstruit quelques années plus tard.

« L’enseignement primaire n’a pas été oublié. Les écoles ont bénéficié de travaux d’aménagements et d’équipements améliorant le confort des élèves et les conditions de travail des enseignants. Les classes de nature se sont élargies avec la création, à Poncin, de classes sportives orientées vers les activités nautiques. Les centres de Chamagnieu, Bachat-Bouloud et Poncin ont aussi été intensivement utilisés »

En 1989, après avoir exercé, durant deux mandats soit douze années, la fonction d’adjoint à l’éducation, Gilbert Chabroux devient premier adjoint, chargé des finances. Il obtient qu’à sa délégation s’ajoute la vie associative, particulièrement riche à Villeurbanne.

A la tête de la municipalité de Villeurbanne, de 1990 à 2001

Après la disparition brutale de Charles Hernu le 17 janvier 1990, il lui succède à la tête du conseil municipal. «  Lorsqu’il nous a quittés, j’étais auprès de lui et je l’ai entendu délivrer son dernier message : « Continuez, c’est le plus important ! ». J’ai continué, inlassablement, sans jamais trahir sa mémoire. »

Bien que très largement réélu en 1995 dans une élection triangulaire avec plus de 52% des suffrages, il est écarté pendant un an de la mairie en 1997 suite à un recours fondé sur la nouvelle loi électorale et les règles sur l’information[15]. Raymond Terracher, qui était son adjoint à la culture, assure fidèlement « l’intérim ». En 1998, la liste conduite par Gilbert Chabroux l’emporte avec une majorité encore plus large (44 élus sur 55 sièges). Pour les municipales de 2001, il décide de passer le relais et de se consacrer alors pleinement à son mandat de sénateur.

Durant la décennie où il exerce son mandat de maire, il s’emploie, avec son équipe, à inscrire l’action de sa municipalité dans l’axe de celles qui se sont succédé au cours du siècle écoulé. Citons les actions les plus notables : réhabilitation des Gratte-Ciel, création du parc naturel urbain de la Feyssine, sauvetage de l’ASVEL, construction de l’Astroballe et mise en place de la démocratie participative[16] avec l’instauration de conseils de quartier en 1996.

L’action législative au Sénat de 1995 à 2004

Sénateur du Rhône depuis 1995, Gilbert Chabroux s’est entièrement consacré à ce mandat après son retrait de la vie municipale en 2001, jusqu’en septembre 2004. Vice-président de la commission des affaires sociales du Sénat, il intervient, au nom du groupe socialiste, sur des textes de loi particulièrement importants : réforme des retraites, loi de santé publique, bioéthique, Allocation personnalisée autonomie (APA), loi de modernisation sociale, loi constitutionnelle sur la décentralisation, droit du travail et négociation collective, loi relative à la formation professionnelle tout au long de la vie et au dialogue social, loi relative aux personnes handicapées, lutte contre les toxicomanies, décentralisation du Revenu minimum d’insertion (RMI) et création du Revenu minimum d’activité (RMA), réforme de l’assurance-maladie, etc…[17]

En matière de mémoire collective, il use de toute sa force de conviction pour faire reconnaître le génocide arménien par le Sénat et agit pour la reconnaissance officielle de la guerre d’Algérie et des combats au Maroc et en Tunisie.

Un engagement constant, reconnu

Toujours concerné par la vie sociale et citoyenne villeurbannaise, Gilbert Chabroux intervient régulièrement en tant que président d’honneur, lors des réunions statutaires de plusieurs associations de la ville,[18] et reste actif depuis plus de soixante ans, au sein de la section villeurbannaise du Parti socialiste.

Le 20 juin 2014, Najat Vallaud-Belkacem, ministre des droits des femmes, de la ville, de la jeunesse et des sports, récompense « un engagement passionné et sans faille »[19] en lui remettant les insignes d’officier de l’Ordre national de la Légion d’honneur. Il est également officier des Palmes académiques.

 




Notes

[1] Le massacre d’Oradour-sur-Glane, village de la Haute-Vienne, a  lieu le 10 juin 1944 ; une division de la Waffen-SS : Das Reich, en se repliant, exécute 642 victimes et met le feu au village.

[2] Les citations de Gilbert Chabroux entre guillemets dans cette notice sont issues d’entretiens réalisés en 2016 par l’auteur.

[3] Pistolet-mitrailleur

[4] Régiment d’infanterie de marine

[5] Il s'installe rue de France, après "la rue Dedieu", entre juin et septembre 1964. En octobre 1967, le département de génie mécanique de l'IUT de Lyon est créé dans les locaux du GETM, rue de France, devenu lycée technique d'état le 1er janvier 1968.

[6] démarche hypothético-déductive souvent dénommée « OHERIC » pour Observation-Hypothèse-Expérience-Résultats-Conclusion.

[7] La Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) est une organisation politique de rassemblement des gauches, entre 1965 et 1968 créée sous l’impulsion de François Mitterrand.

[8] Inauguration des nouveaux bâtiments du collège Louis Jouvet, quartier Ferrandière, le 26 octobre 1981.

[9] Construit dans le quartier Saint-Jean, 15 rue des Jardins, il est inauguré le 21 juin 1979.

[10] Installé 2 allée du Lys-Orangé, le collège du Tonkin présente l'originalité d'intégrer dans ses locaux une médiathèque à  l'usage des habitants du quartier ; il est inauguré par le ministre Alain Savary le 3 février 1984.

[11] Inaugurée dans ses nouveaux locaux 32 rue de France, le 26 novembre 1984.

[12]Inaugurée le 4 février 1989, cette  salle  conçue  non  comme  un simple  gymnase  mais  comme  un  véritable  complexe  sportif  en  centre-ville, est destinée  au  sport  scolaire  mais  aussi  aux  handballeurs  du  V.H.C.,  (Villeurbanne  Hand-Club).

[13] Le gymnase Jean Mollier est inauguré le 22 octobre 1997.

[14] Le nom d'Alfred de Musset est attribué au lycée technique situé dans l'enceinte de l’E.N.N.A., rue de la Poudrette, par délibération du conseil municipal du 11 décembre 1990.

[15] Ce recours, fondé sur la loi du 19 janvier 1995 interdisant les dons des personnes morales (dont les collectivités locales) aux partis politiques français, accuse la campagne de G. Chabroux de n’avoir pas intégré dans ses dépenses électorales une lettre intitulée « Objectif : la lettre de Villeurbanne ». A la suite de cette décision,  la majorité municipale démissionne en bloc et se représente devant les électeurs en mars 1998.

[16] Avant promulgation de la loi Vaillant du 27 février 2002, relative à la démocratie de proximité, (code général des collectivités territoriales) qui pose l'obligation pour les communes de plus de 80 000 habitants de créer un ou plusieurs conseils de quartier dont le rôle est de développer la participation citoyenne.

[17] Toutes les interventions en matière législative peuvent être retrouvées sur le site internet du Sénat

[18] Associations d’anciens combattants : FNACA, ARAC, associations sportives : ALAP, AS des anciens joueurs de l’ASVEL et d’autres ...

[19] Selon les mots de la ministre, Le Progrès (21 juin 2014)


Bibliographie

Chabroux (Gilbert), Du Limousin à Villeurbanne : éléments autobiographiques, mai 2016.

Le Maitron en ligne : biographie de Gilbert Chabroux

http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?page=article_long&id_article=147586


Sources

Entretiens avec Gilbert Chabroux réalisés en 2016 par Véronique Lemaître-Paccallier.


Thèmes : Histoire, Politique

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