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Consultation

Monument aux morts de la Libération

Dans l’immédiat après-guerre, à Villeurbanne comme ailleurs, il s’agit d’entretenir la mémoire des victimes du conflit. L'Etat et un comité mis en place par la municipalité de Georges Lévy passent commande d'un monument symbolique à installer sur ce qui est alors la place de la Libération, actuelle place Lazare Goujon, dont le financement  serait complété par un appel à souscription. L'œuvre simple et puissante due au sculpteur Georges Salendre, inaugurée le 8 septembre 1946, est, depuis presque soixante-dix ans, l’un des centres de toutes les manifestations commémoratives d’anciens combattants.

Projet de statue par Georges Salendre (photo Sylvestre)
inauguration du monument aux morts de la libération le 8 septembre 1946 (21Fi84d)
la statue de Salendre est déplacée par la voie des airs en 2006 (photo Michallet)

Auteur(s) : Dominique Grard, archiviste de la ville de Villeurbanne

Le Comité du Monument aux morts de la Libération

Une délibération du conseil de la municipalité dirigée par le communiste Georges Lévy, en date du 16 février 1945, propose l’édification d’un monument aux morts de la Libération, sur la place de la Libération, actuelle place Lazare Goujon, « dans le cadre de la pergola où s’élevait le buste d’Albert Thomas envoyé à la fonte par le service de la mobilisation des métaux non ferreux », pendant la guerre[1].

Le 11 janvier 1945, « pour élever un monument symbolique de la Résistance dédié aux morts de la Libération », l’administration de la Ville constitue un comité placé sous les présidences d’honneur du maire Georges Lévy et du président du Comité de Libération, André Gojon, qui réunit les diverses organisations de résistance, les partis politiques, les syndicats et jusqu’au clergé de la ville. La commande à l’artiste est passée par l’Etat (Direction des Arts plastiques au ministère de l’Education nationale) qui lui règle directement la somme de 220 000 francs pour les frais d’exécution de l’œuvre. Le comité entérine le choix du « maître-sculpteur lyonnais, artisan lui-même de la Libération », l’ancien résistant et communiste Georges Salendre[2].

Pour financer l’exécution de la totalité du monument, des listes de souscription sont ouvertes, afin que « tous les villeurbannais unis sans distinction de tendance comme ils le furent sous et contre l’oppresseur, aient à cœur d’y prêter leur concours. » La Ville souscrit pour une somme de 20 000 francs et le comité réunit 300 000 francs. [3] La vente de cartes postales-souvenir pour l’inauguration vient compléter la collecte.

L’œuvre de Salendre, « simple, puissante et dynamique »

Le sculpteur érige, « après une année de travail sur un bloc de pierre de Bourgogne de plus de vingt tonnes, la silhouette d’une femme coiffée d’un bonnet phrygien, qui s’avance, rude et volontaire, armée d’une mitraillette, ses chaînes brisées pendant encore à son bras, symbolisant d’une manière grandiose l’élan de la Résistance. »[4] En présentant la maquette,[5] Salendre explique pourquoi il a choisi « une figure naturelle, simple et à la fois puissante et dynamique pour évoquer et symboliser la Libération ». Il indique qu’il a « volontairement négligé les détails qui eussent atténué le caractère imposant qu’il entendait donner à la statue qu’il a coupée à mi-corps d’une masse rectiligne (la mitraillette et sa crosse) pour l’équilibre architectural et le mouvement ». La sculpture en elle-même est d’une hauteur de 3,45m et pèse environ 8 tonnes. Quant à la mitraillette, « ce n’en est pas une : c’est une construction de l’esprit qui veut et qui doit faire penser à une mitraillette ». Quand quelqu’un lui rétorque que l’« effigie proposée ne s’apparente pas à un type européen », il indique « qu’en réalité, c’est une tête de Bressanne qui a servi de modèle » mais « admet que le moulage a pu grossir certains traits ».

 La mémoire des victimes

Une réunion du comité du 29 juillet 1946, posant la question essentielle des noms des victimes à inscrire sur les stèles, recommande de faire une interprétation large des morts, pendant la période d’occupation de 1940 à 1945, qu’il s’agisse des combattants résistants ou des passants tués par les balles de l’occupant pendant l’insurrection d’août 1944. Finalement, on convient qu’y figurent [6]« ceux qui, habitant Villeurbanne, ont été tués, fusillés ou qui sont décédés en déportation, ceux qui n’habitant pas Villeurbanne, y sont morts au cours de la Libération et aussi, ceux qui, habitant Villeurbanne, ont été tués ou fusillés hors de Villeurbanne ». La statue est donc flanquée de deux stèles où sont gravés 247 noms auxquels se sont rajoutées, depuis, d’autres victimes reconnues a posteriori.

Enfin, autre symbole, au mois d’août 1951, à la suite d’une demande du Comité des familles de disparus, déportés, internés, résistants, est réalisée la gravure d’une inscription sur le socle, au préalable rehaussé : « La terre placée dans l’urne scellée sous ce monument provient des camps allemands d’extermination où périrent des centaines de nos concitoyens de 1943 à 1945 ».

 L’inauguration du 8 septembre 1946

Lors de la cérémonie d’inauguration du 8 septembre 1946, en présence d’une foule dense de familles de victimes, de représentants de nombreuses associations villeurbannaises et des élus, « 247 noms sont jetés aux échos des murs de la cité dans un impressionnant appel des morts auquel une voix grave annonce : fusillé, mort à l’ennemi, mort en déportation … »[7].

Enfin, le 6 octobre 2006, 60 années après son installation, dans le cadre du réaménagement de la place Lazare Goujon, la statue de Salendre est soulevée et déplacée avec ses deux stèles, à quelques mètres de la pergola[8], devant la façade de l’hôtel de ville, à l’angle de la place et de la rue Paul-Verlaine.

Le monument reste ainsi l’un des principaux sites des cérémonies commémoratives des anciens combattants de la seconde guerre mondiale, avec le cimetière de Cusset, le monument aux victimes de la barbarie nazie de la place Charles Hernu et la nécropole militaire de La Doua.

 



Notes

[1] Une délibération du 22 novembre 1941 atteste en effet que les cent kilos de bronze du monument ont été cédés au centre de ramassage des métaux non ferreux.

[2] Georges Salendre (1890-1985) : ses œuvres monumentales ornent de nombreuses places lyonnaises : du Veilleur de pierre place Bellecour, au Chant des canuts square Dejean et Printemps, place des Tapis à la Croix-Rousse, de La pensée, place Ollier à Souvenir unité paix, place Dumas de Loire à Vaise et d’autres… A Villeurbanne, on retrouve une œuvre de Salendre : un Saint Roch, dans l’église de la Sainte Famille.

[3] Compte rendu de réunion du comité du 12 avril 1945 (1M129)

[4] « Avec Salendre qui taille dans la pierre une statue de la Libération », Le Progrès, 27 août 1946

[5] Compte rendu de réunion du comité du 12 avril 1945 (1M129)

[6] Procès-verbal de réunion du comité du 29 juillet 1946 (1M129)

[7] « A la mémoire des Villeurbannais morts pour la Libération, Villeurbanne a, le 8 septembre, inauguré un imposant monument », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, 1er octobre 1946, p.5136.

 [8] « La statue n’est plus … à la même place », Viva, n°201, novembre 2006, p. 12


Sources

Archives municipales de Villeurbanne

1M129 Monument aux Morts de la Libération.-

- Constitution d'un Comité du Monument aux Morts de la Libération.

- Renseignements biographiques sur les victimes :

Etats des morts de la Libération : listes manuscrites et dactylographiées (3 ex.). ;

Monument aux Morts : devis estimatif (1945),  plans de situation, élévation d'ensemble (30 avril 1945) ; photographies ; inauguration du Monument aux morts (8 septembre 1946)

Gravure de l'inscription sur le socle du monument (1951-1952).

 8Fi207 affiche : appel à souscription pour l'érection d'un monument aux morts (1945)

 

Sources imprimées

« Un monument aux morts de la libération de Villeurbanne », Le Populaire, 17 février 1945

« Image de la Libération », Le Patriote, 1er mai 1945

« Erection d’un monument aux patriotes tombés glorieusement pour la libération de Villeurbanne », La Voix du peuple, 7-8 juillet 1945

« Avec Salendre qui taille dans la pierre une statue de la Libération », Le Progrès, 27 août 1946

« Une belle et forte fille du peuple, la Libération du sculpteur Salendre », La Voix du peuple, 27 août 1946

« La statue de la Libération commence à vivre », La Voix du peuple, 6 septembre 1946

«  En inaugurant demain la statue de sa Libération, Villeurbanne dans le souvenir de ses morts fera confiance à l’avenir », La Voix du peuple, 7-8 septembre 1946

« Villeurbanne a commémoré hier matin le souvenir des 247 héros morts pour sa libération », La Voix du peuple, 9 septembre 1946

« A la mémoire des Villeurbannais morts pour la Libération, Villeurbanne a, le 8 septembre, inauguré un imposant monument », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, 1er octobre 1946, p.5136-5143.

« La statue n’est plus … à la même place », Viva, n° 201, novembre 2006, p. 12


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