Accueil > Consultation > Encyclopédie > Place Lazare-Goujon

 
Imprimer la page

Consultation

Place Lazare-Goujon

Conçue par Morice Leroux, l’architecte des Gratte-Ciel et du Palais du travail, la place Lazare-Goujon est indissociable de ce dernier bâtiment comme de l’hôtel de ville. Elle relie les entrées des deux édifices par une allée centrale marquée au sol, et présente deux grands bassins carrés et deux pergolas en ciment armé. En 80 ans, cette place, l’une des plus emblématiques et des plus fréquentées de la ville, a connu quelques transformations, tant dans sa dénomination que dans son aménagement et son décor.

La place Albert-Thomas en 1934 (photo Sylvestre)
Le sculpteur Marie-Louise Simard sur son oeuvre, le buste d'Albert Thomas en 1934 (ph. Sylvestre)
Projet d'aménagement de la place Lazare-Goujon par l'agence In Situ (septembre 2003)

Auteur(s) : Dominique Grard, archiviste de la ville de Villeurbanne

La première place Albert-Thomas : hommage au travail 

Au début de 1930, la municipalité de Lazare Goujon prend la décision de construire un nouvel hôtel de ville. Le premier schéma élaboré pour le concours, sans doute par les services techniques de la ville dirigés par l’ingénieur Jean Fleury, organise, autour d’une place offrant un dégagement de 40 mètres, un face à face dans l’esprit du schéma traditionnel église/mairie, entre le Palais du travail (« temple laïque ») et le futur hôtel de ville[1]. La Ville acquiert le 20 janvier 1930,  une parcelle de terrains pour compléter le site où sera édifiée la nouvelle mairie. La place elle-même couvre 8816 m²[2]. Le 9 septembre 1931, Morice Leroux, jeune lauréat du concours du 30 mars 1929 pour l’édification d’un Palais du travail, est chargé de l’aménagement de la place, après s’être vu confier en avril 1930 la réalisation des immeubles du nouveau quartier des Gratte-Ciel. Décor initial toujours en place, pergolas à l'est et à l'ouest et jarres ou vasques art-déco, alors plantées de petits palmiers, encadrent l’espace et les deux bassins.

Une délibération du conseil municipal du 27 juin 1932 baptise la place du nouvel hôtel de ville du nom du ministre socialiste Albert Thomas, disparu le 7 mai 1932[3]. La municipalité rend ainsi hommage à celui qui, aux côtés de Lazare Goujon, posait la première pierre du Palais du travail en 1928. Son buste en bronze, commandé à une femme sculpteur, Marie-Louise Simard, installé sous une pergola et regardant le Palais du travail, est inauguré le 16 juin 1934, lors des grandes fêtes des Gratte-Ciel.

 La Guerre : la place du Maréchal-Pétain

Le 12 novembre 1940, la délégation spéciale nommée par le préfet, qui remplace la municipalité communiste, est mise dans l’obligation de « faire disparaître de toute urgence les dénominations attribuées aux rues publiques ayant trait aux hommes de la IIIe Internationale[4], commémorant l’œuvre de celle-ci. »

Le maire qui lui succède en mars 1941, Balthazar-Paul Chabert, décide très vite de débaptiser la place Albert-Thomas. Choisissant celle qui lui semble « la plus digne par ses proportions, par le cadre qui l’enferme au sein de notre ville, par l’harmonie de son dessin, de porter le nom du chef de l’Etat », il la met « sous l’égide de l’illustre défenseur de Verdun, lui faisant porter le nom de place Maréchal-Pétain ».[5]

Le buste en bronze d’Albert Thomas est aussitôt envoyé à la fonte dans le cadre de la campagne de récupération des métaux non-ferreux et,  le mois suivant, s’ouvre un concours public pour l’érection d’un buste du maréchal sur la place. En août 1942, c’est l’œuvre monumentale d’un jeune sculpteur stéphanois, Louis-Marcel Besson, qui est choisie. Mais elle ne sera jamais installée car elle nécessite un socle dont l’étude doit être réalisée par l’architecte de l’hôtel de ville, Robert Giroud, qui décède en 1943. A la Libération, en septembre 1944, sans doute préfère-t-on mettre l’encombrante sculpture à l’abri dans une cave de l’hôtel de ville. Dissimulée derrière une armoire, dans une cavité percée à ses dimensions, on ne la redécouvre intacte qu’en 2002[6].

 La place de la Libération

Après la Libération, en février 1946, la municipalité dirigée par le communiste Georges Lévy estime urgent de réattribuer les anciennes dénominations : la rue Georges-Sand retrouve son nom de Louise Michel, l’avenue de l’hôtel de ville celui d’Henri Barbusse, la place de l’hôtel-des-postes, le nom du communiste Jules Grandclément.

Quant à l’ancienne place du Maréchal-Pétain, elle devient  place de la Libération et se voit dotée d’un monument aux morts installé sous une pergola côté est, sculpté par l’artiste communiste Salendre, intitulé « La république enchaînée », pour faire mémoire des victimes villeurbannaises de la deuxième guerre mondiale.

La place actuelle, hommage au fondateur des Gratte-ciel

Dernière évolution du nom, la dénomination actuelle est à l’initiative du maire Etienne Gagnaire. Il décide de rendre hommage à son prédécesseur dont il est d’abord premier adjoint et qu’il remplace en 1954. Une délibération du 17 janvier 1966 attribue ainsi le nom de Lazare Goujon à la place de la Libération. Etienne Gagnaire inaugure le 25 juillet 1967 un buste à sa mémoire, œuvre de l'artiste villeurbannais Jean Chorel, qu’il installe sur le côté ouest de la place.

Outre les cérémonies annuelles des commémorations de la guerre, la place devient un lieu de spectacles en plein air dès 1955 : Jean Dasté avec la Comédie de Saint-Etienne  y poursuit son expérience de théâtre populaire en plein air avec « La Tempête » de Shakespeare[7] qui rassemble deux mille spectateurs.

Pendant plusieurs décennies, les fêtes de juin créées par la municipalité en 1978, de Villeurbanne en Fête aux Eclanova, puis Les Vivats et aujourd’hui Les Invites, utilisent l’espace pour un spectacle musical : les vedettes de la chanson les plus diverses ont testé l’acoustique du lieu devant des milliers de spectateurs, parmi lesquelles Dalida, Alain Souchon, Michel Fugain, Alain Bashung, I Muvrini, Pierre Perret, Malavoi, Yvette Horner, Santana, Juliette Gréco et d’autres.

En 2007,  la place rendue aux piétons

Enfin la dernière décennie a vu les plus importantes transformations de sa physionomie. Pour résoudre une partie des problèmes de stationnement dans le quartier des Gratte-Ciel et lutter contre le stationnement sauvage qui défigure le lieu, un projet de réaménagement est d’abord couplé à celui d’un parking souterrain.

Le chantier de creusement à 25 mètres de profondeur sous la partie ouest de la place est interrompu par la découverte d’une importante nappe d’eau fossile, très pure. Une fois l’eau évacuée, Lyon Parc Auto réalise un parking hélicoïdal à double hélice, de sept niveaux souterrains et 388 places, inauguré par les élus villeurbannais et lyonnais le 13 novembre 2006. Le plasticien Philippe Favier le décore d’une colonne centrale qui élève ses lettres de métal sur une hauteur de vingt mètres.

En parallèle, la municipalité procède à une concertation pour le réaménagement de la place, entre mai 2002 et mars 2003 : des échanges entre élus et habitants, commerçants, urbanistes et techniciens du Grand Lyon sont initiés dans un « groupe ressources ». Quatre scénarios d’aménagement de l’espace sont proposés au public, exposés à l’hôtel de ville à partir du 20 mai 2003, qui permettent de préciser le cahier des charges du concours organisé par le Grand Lyon pour la requalification du lieu.

C’est l’agence In Situ qui le remporte en septembre 2003. Son projet reflète l’attachement des habitants aux bassins, aux bancs et aux arbres : elle agrandit l’espace public qui s’organise toujours autour des deux bassins miroirs séparés par un parvis de même dimension. Elle installe de nouvelles banquettes près de l’eau, en même temps que 41 bancs en bois. Les bassins miroirs à débordement sont particulièrement soignés par un travail spécifique de Philippe Favier qui revêt le fond d’une mosaïque de pâte de verre bleue et or, recréant un vaste "potager céleste" selon la formule de l'artiste. Les margelles offrent une assise au bord des bassins pour profiter de la fraîcheur des 40 jets, arches d'eau en continu ou séquencées. Des rosiers grimpent sur les pergolas, les unes refaites et les autres renforcées. Le monument aux morts trouve une nouvelle place en lisière de la place au-devant de l’hôtel de ville. A la place des catalpas originels, plus de 80 arbres sont plantés entre Mairie et TNP et le long des rues Michel-Servet et Paul-Verlaine. Devant l'hôtel de ville, des albizzias, sur trois rangées, ont été choisis parce que leur taille modeste au terme de leur croissance, respectera l'architecture du monument historique[8].

Les voies qui longeaient l’hôtel de ville et le théâtre ont disparu. Après plus de trois années de travaux, la place est rendue aux habitants le 2 juillet 2007.

Ainsi rénové, l’espace attire chaque jour un public nombreux et retrouve sa fonction de place centrale, telle que l’avait pensée Lazare Goujon.

 



Notes

[1] Lagier (Alain), « Une imagination pragmatique », Les Gratte-Ciel de Villeurbanne, dir. A.-S. Clemençon, Ed. de l’imprimeur, 2004, p. 137

[2] A titre de comparaison, la place centrale des Terreaux à Lyon couvre 7000 m².

[3] Albert Thomas, président du Bureau International du Travail, jette, entre autres initiatives, les bases de la limitation de la journée du travail à huit heures et l'organisation de l'inspection du travail.

[4] IIIe Internationale : mouvance communiste autour du modèle bolchevik

[5] Délibération du conseil municipal du 27 novembre 1941

[6] Article de Gilbert Gardes, « La sculpture publique à Lyon : patrimoine en péril ? Une mémoire sculptée de substitution : Pétain à Villeurbanne, 1941-1944 », Bulletin municipal officiel de la ville de Lyon, 31 mars 2002

[7] « La Tempête »  à Villeurbanne, La Vie Lyonnaise, juillet-août 1955, p. 20

[8] et aussi parce que les albizzias « sont une essence méditerranéenne adaptée à l’exposition plein sud, au port étalé qui permet de créer des ambiances plus intimes sans être écrasé par la façade imposante de l’hôtel de ville, à la floraison rose s’accordant avec les tapis de rosiers et de cistes » selon In Situ.


Bibliographie

Clémençon (Anne-Sophie), dir., Les Gratte-Ciel de Villeurbanne, Editions de l’imprimeur, 2004, 225 p.


Sources

Archives municipales de Villeurbanne

302W35 Place Lazare-Goujon, construction d'un parking : notes, études, correspondance, comptes rendus de réunion (1998-2003)

320W7  Projet d'aménagement de la place Lazare-Goujon (2003-2005)

 Sources imprimées

« Erection d’un buste au maréchal Pétain », Bulletin municipal officiel de la ville de Villeurbanne, septembre-octobre 1942, p. 4507

La Vie Lyonnaise, juillet-août 1955, (3C138)

Gardes (Gilbert), « La sculpture publique à Lyon : patrimoine en péril ? Une mémoire sculptée de substitution : Pétain à Villeurbanne, 1941-1944 », Bulletin municipal officiel de la ville de Lyon, 31 mars 2002

Morera (Jean-Christophe) « 380 places de parking dans le sous-sol des Gratte-ciel », Le Progrès, 14 novembre 2006

Bonnaud (Céline), « La place Lazare-Goujon rendue aux piétons ce soir », Le Progrès, 2 juillet 2007


Mots-clés : Urbanisme
Thèmes : Architecture et urbanisme

Aucun commentaire

Localisation

Sélectionnez un thème
Sélectionnez un mot-clé