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Découverte

 

Naissance et croissance de la ville - L'usine hydroélectrique de Cusset : la fée électricité.

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Aménagement du canal de Jonage et de l'usine de Cusset. Reproduction d'après plaque de verre, 1896, Archives départementales du Rhône, 156 J 394 /52

L’usine hydroélectrique de Cusset est située sur le canal de Jonage, canal de dérivation du Rhône.

Un effort est fait pour mettre en valeur ce monument qui intéresse l’histoire de Villeurbanne, mais aussi celle de Lyon. Il s’agit d’une trace exceptionnelle pour l’histoire de l’industrialisation et de l’urbanisation de la France à la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle.

De façon traditionnelle, dans les manuels d’histoire de l’école primaire, on présente la machine à vapeur comme la source d’énergie caractéristique de l’industrialisation. Elle l’a été, mais seulement dans la période 1850-1880. À la fin du XIXe siècle, l’électricité devient la forme d’énergie dominante et innovante. Dans le cas de Villeurbanne, son importance est fondamentale.

Vers 1880, se développent dans l’agglomération lyonnaise des activités économiques nouvelles qui élargissent le champ de l’industrie de la soie et du textile en général : la chimie pour les colorants à Gerland, puis Saint-Fons et à Vaise, ainsi qu’à Montplaisir avec les frères Lumière, l’automobile avec Berliet, à partir de 1883.

L’industrie lyonnaise et villeurbannaise a donc besoin d’une énergie abondante et bon marché. La machine à vapeur n’est plus adaptée. Le gaz est trop cher. L’électricité est plus efficace, aussi bien pour actionner les machines que pour éclairer les usines et les ateliers.

Le développement des transports en commun et en particulier celui du tramway se heurte aux difficultés d’approvisionnement en électricité.

Il faut aussi alimenter en eau l’agglomération. À Villeurbanne, les pompages opérés dans le Rhône avec l’aide de la vapeur sont insuffisants.

Se pose aussi la question de la régulation du cours du Rhône qui déborde sur toute la rive gauche, de la Guillotière à Vaulx-en-Velin.

Tout cela pousse une grande société anonyme constituée de capitaux locaux et parisiens, la Société des Forces Motrices du Rhône, à investir dans un projet de grande envergure. Nous avons là toutes les caractéristiques du développement industriel de l'époque : innovation technologique, développement industriel et capitalisme financier.

Le projet est gigantesque. Il s’étend sur six communes dépendant à la fois du département du Rhône et de celui de l’Isère : Villeurbanne, Vaulx-en-Velin et Décines, Meyzieu, Jonage et Jons.

Il s’agit de construire un canal de dérivation du Rhône, le canal de Jonage, sur plus de 18 kilomètres sur lesquels doivent être aménagés les barrages de Jons et Jonage, des écluses, sept grands pont métalliques, un vaste réservoir (le Grand Large) et l’usine-barrage de Cusset.

Les travaux débutent en 1894 pour s’achever en 1899, 30 mois pendant lesquels la main d’œuvre travaille jour et nuit. Il s’agit, à l’époque, d’un des plus grands chantiers du monde. Il est difficile d’imaginer les difficultés techniques et les prouesses réalisées par près de 3000 ouvriers, souvent d’origine étrangère (beaucoup d’Italiens).

Les crues comme celle du 10 mars 1896 retardent les travaux. 

Le canal doit permettre la navigation, concurrencée alors par le chemin de fer. Il sera peu utilisé dans ce but.  Il a aussi pour objectif de régulariser le cours capricieux du Rhône qui inonde largement la zone. Le réservoir du Grand Large, sur la rive gauche du canal, construit sur une ancienne zone marécageuse, doit servir à décanter les eaux du Rhône, mais aussi à réguler le niveau des eaux à l’approche du barrage : moins de crues sur l’Est lyonnais et une production d’électricité possible.

Le principal édifice de l’ensemble est l’usine-barrage hydroélectrique de Cusset. Le style architectural néo-classique choisi est caractéristique de l’époque et justifie la protection d'une partie des bâtiments au titre des Monuments historiques. Mais les caractéristiques techniques sont beaucoup plus originales et remarquables.

Sa puissance de production est exceptionnelle pour l’époque : 70 000 kw à son lancement soit 16 000 chevaux vapeurs fournis par 16 groupes générateurs. Elle couvre largement les besoins en électricité de l’ensemble de l’agglomération lyonnaise et produit plus que les 136 centrales existant sur le territoire national.

Pour distribuer l’électricité aux particuliers et aux industriels, il a fallu constituer un réseau de lignes haute tension. Les câbles partent de l’usine de Cusset et remontent en canalisation souterraine le long de l’actuel Cours Emile Zola pour irriguer ensuite Villeurbanne et Lyon. Des kiosques abritent les transformateurs qui permettent de transformer le courant en basse tension pour les abonnés. Ils sont utilisés comme support publicitaire. Dès 1898, les particuliers peuvent se fournir en électricité pour l’éclairage. En 1902, en plus de Lyon et Villeurbanne, sont desservies Caluire-et-Cuire, Saint-Fons, Vénissieux, Saint-Rambert, Vaulx-en-Velin, Bron et Décines. Mais le réseau reste géographiquement limité : 392 Km en 1901, 734 en 1914. Les principaux clients sont les industriels, des petits artisans, souvent issus du milieu du textile. Les beaux quartiers (éclairage public et consommation électrique) sont seuls concernés. Beaucoup de rues, au début du  siècle, sont, soit obscures, soit éclairées au gaz.

En 1901, le conseil municipal de Villeurbanne vote ainsi l’installation de huit « candélabres » électriques pour éclairer seulement les places publiques de la ville : trois pour la place de la Mairie, un pour la place des Maisons Neuves, un pour la place de la Cité, un pour la place de la Bascule, un pour la place des Charpennes et un pour la place de Cusset. Les avantages avancés sont un éclairage pendant toute la nuit (au lieu d’un arrêt à minuit) et un coût moins élevé en raison de l’accord passé avec la Société des Forces Motrices du Rhône, distributrice du courant.

Plus que l’éclairage des particuliers, avant la guerre de 1914, l’électricité a permis, à Lyon, comme dans la plupart des grandes villes, le développement du réseau de tramway qui irrigue Villeurbanne.

L’usine de Cusset suffit à assurer l’alimentation en électricité de l’agglomération lyonnaise jusque dans les années 1930, quand l’augmentation de la consommation rend nécessaire sa modernisation.

Si, à la fin du XIXe siècle, l’électricité devient la source d’énergie dominante et supplante la vapeur, la production d’électricité d’origine thermique est plus développée que celle d’origine hydraulique jusqu’à la guerre de 1914.

La plupart des villes, et en particulier Paris, sont alimentées par des centrales thermiques fonctionnant au charbon. De façon générale, l’hydro-électricité  ne vient qu’en appoint. L’agglomération lyonnaise est donc un cas particulier.

Le transport de l’électricité par des lignes à haute tension est encore très difficile. La production d’électricité se fait à proximité des lieux de consommation et son usage ne peut se développer que dans de grandes agglomérations où les clients industriels sont nombreux et les gisements de charbon à proximité.

L’hydro-électricité, dont les techniques de production sont davantage maîtrisées et le coût de production plus faible, se fabrique dans les vallées alpines où elle permet le développement de l’industrie métallurgique (en particulier la production d’aluminium, grosse consommatrice d’énergie). Le complexe de Jonage-Cusset est la première installation sur le Rhône. Lyon est ainsi la seule agglomération qui consomme une électricité d’origine hydraulique au début du XXe siècle.