Accueil > Découverte > Dossiers pédagogiques > Chemins en devenir : histoire des populations de Villeurbanne > L'industrialisation

Découverte

 

L'industrialisation

livret 1.JPG

Livret de travail de Louise Bazin. Reproduction avec l'aimable autorisation de Mme Nicole Chaumet d'après le livret de travail de Mme Louise Bazin. Le Rize, centre Mémoires & Société © 2008 1/4

 

Le livret de travail de Louise Bazin permet une réflexion avec les élèves sur le travail des enfants dans l’industrie et sur la scolarisation. Le livret reproduit ici a été établi en avril 1923 par la mairie de Villeurbanne.

La loi sur le travail des enfants de 1892 oblige les maires à délivrer un livret pour surveiller le travail des enfants, garçons et filles âgés de moins de 18 ans. Les industriels doivent le tenir à jour. Les inspecteurs du travail sont chargés des vérifications et du respect de la réglementation du travail. Le temps de travail était, en 1892, fixé à 10 heures quotidiennes pour les moins de 16 ans et 11 heures pour les plus de 16 ans. Il était limité à 11 heures pour les femmes. Depuis 1919, la journée de travail est fixée pour tous à 8 heures.

La même loi de 1892 fixe l’âge légal d’entrée dans le monde du travail à treize ans révolus, âge de la fin de la scolarité obligatoire depuis 1882. Les parents de Louise Bazin ont obtenu la délivrance de ce livret le 18 avril 1923 soit trois jours après son treizième anniversaire.

Une dérogation est possible pour les enfants ayant obtenu leur certificat d’études, après accord d’un médecin. Cela n’est pas le cas de Louise qui ne semble pas avoir passé son certificat d’études, celui-ci ayant lieu au mois de juin. Elle a attendu d’avoir atteint l’âge de 13 ans pour quitter l’école sans diplôme.

Le certificat d’études primaires qui sanctionne la fin de la scolarité à l’école primaire ne concerne en effet qu’une partie des élèves : en 1895, seuls 27% des enfants quittent l’école après avoir obtenu ce diplôme. Ils sont 34% en 1905 et 41% en 1923. Louise fait donc partie des 59% d’élèves qui n’obtiennent pas le CEP. Cela ne l’empêche pas de trouver du travail et surtout d’entrer en apprentissage.

En 1936, l’âge de la fin de la scolarité et donc de l’entrée dans le monde du travail est repoussé à 14 ans.

Louise devient plieuse à l’âge de 13 ans et 3 jours, aux établissements Lamy qui fabriquent des bonbons. Le travail ne demande aucune qualification. Elle y reste moins d’un mois puisqu’elle quitte cette usine le 17 mai pour entrer comme apprentie à l’usine textile Bouillat. Ce qui signifie qu’elle doit y acquérir une véritable qualification professionnelle à l’issue de son apprentissage, qualification que nous ignorons. Nous avons ici un exemple de formation professionnelle tout à fait classique à cette époque : la formation sur le tas par apprentissage et l’entrée dans le monde du travail dès la fin de la scolarité obligatoire.

 La loi de 1892 sur le travail des enfants est la dernière d’une série qui a mis fin progressivement aux abus dans ce domaine.

La première de ces lois est celle du 31 mars 1841 qui porte l’âge minimum du travail à 8 ans. Entre 8 et 12 ans, la journée de travail est limitée à 10 heures, et à 12 heures entre 12 et 16 ans et réglemente le travail de nuit qui est interdit avant 12 ans. Cette loi ne s’applique pas aux entreprises de moins de 20 salariés qui sont les plus nombreuses en France.

Il était fréquent de voir des enfants au travail avant cet âge dans les usines textile. Patrons et parents sont complices pour mettre les enfants au travail car leur faible salaire assure à la famille un complément indispensable pour lui permettre de vivre.

Cette loi de 1841 est d’ailleurs peu appliquée d’autant que le corps des inspecteurs du travail est peu nombreux et qu'ils sont sous le contrôle des notables.

En 1874, une nouvelle loi sur le travail des enfants interdit le travail en usine avant 16 ans, et limite la durée de la journée de travail à 12 heures par jour. Le travail de nuit est interdit avant 16 ans pour les garçons et avant 21 ans pour les filles. L’application de cette loi se heurte aux mêmes difficultés que celle de 1841 : une fois encore, les inspecteurs, sous l’autorité des notables, ne peuvent faire correctement appliquer la loi.

La loi de 1892 permet un recul important du travail des enfants. Les contrôles sont effectués par des inspecteurs du travail nommés par l’État et donc indépendants. Elle met la réglementation scolaire en adéquation avec la réglementation du travail.

Depuis 1882, la scolarité est obligatoire de 6 à 13 ans mais il est possible de se présenter au certificat d’études dès 11 ans. L’entrée dans le monde du travail est donc légale à partir de 13 ans ou de 12 ans en cas d’obtention du certificat d’études primaires.

La fréquentation scolaire, très irrégulière jusque là, va s’améliorer dans les villes. Les transformations de la société et des mentalités ont aussi fait considérablement diminuer et même disparaître le travail des enfants. Sous l’effet des luttes sociales, les conditions de vie des ouvriers se sont améliorées et les parents peuvent se passer du salaire de leurs enfants. La demande d’instruction et la fréquentation de l’école primaire deviennent la norme. C’est le cas en 1923, pour Louise Bazin.