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Les impacts de la guerre

Le deuxième extrait du témoignage d’Anna Doussot ainsi que les documents extraits des délibérations du conseil municipal de Villeurbanne permettent de revisiter l’enseignement de la première guerre mondiale au cycle 3. Traditionnellement, l’essentiel de ce qui est enseigné sur la guerre de 1914-1918 concerne les opérations militaires, la vie des soldats dans les tranchées. Pour la vie à l’arrière, on insiste sur la mise au travail des femmes rendue indispensable par le départ des hommes au front.

Dans le cas de Villeurbanne, on voit que son premier magistrat, le Docteur Grandclément lui-même est mobilisé et son absence oblige à une réorganisation du conseil municipal. L’exemple est significatif.

En revanche, on enseigne peu les restrictions et les difficultés à vivre et à trouver des produits de première nécessité aussi bien pour se nourrir que pour se vêtir.

Cet aspect est plutôt pris en compte pour l’enseignement de la seconde guerre mondiale. Les privations sont alors liées aux conséquences de l’armistice de juin 1940 qui prévoit de payer des indemnités à l’Allemagne. L’occupation de la France du Nord d’abord puis de tout le territoire national permet alors à l’Allemagne nazie de piller la production industrielle et agricole française. On en est venu à oublier qu’en 1914-1918, les populations, en particulier celles des villes, manquent aussi de produits de première nécessité. Les raisons n’en sont pas les mêmes : la mobilisation générale des hommes pendant 4 ans a désorganisé toute la production nationale ; les bras manquent, la production baisse et les prix augmentent. L’État doit payer l’effort de guerre. La priorité est donc à la production d’armements qui est subventionnée par l’usage de la planche à billets (émission de monnaie papier sans équivalent en or dans les caisses de la Banque de France). Le franc or perd de sa valeur, l’inflation se développe donc.

Tout cela explique les remarques d’Anna Doussot sur la pénurie et les difficultés à vivre pendant la première guerre mondiale. Elle insiste sur le manque de produits qui ont marqué son enfance : chaussures, tabliers d’écolière, pain, combustibles pour se chauffer. Elle a dû se rendre à l’école avec des galoches en mauvais état, un tablier rapiécé. Il devait faire froid dans le logement occupé par la famille.

Les comptes-rendus des séances du conseil municipal de Villeurbanne pendant toute la durée de la guerre font état de ces difficultés et de distribution de bons de ravitaillement ou de distribution de produits de première nécessité telles les galoches d’Anna Doussot. La municipalité a même été obligée d’organiser des soupes populaires.