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Découverte

S'enraciner : "l'église des Italiens"

Patronage de la Sainte-Famille à Croix-Luizet, années 1930

Située rue Octavie, l’Église catholique de la Sainte-Famille est communément désignée comme « l’église des Italiens ». Si les Italiens sont effectivement nombreux dans ce quartier de Croix-Luizet en raison des opportunités de travail et des logiques des rassemblements familiaux, ce ne sont en fait pas eux qui sont à l'origine de l’édification de l’église. À leur arrivée au début du 20e siècle existait déjà une paroisse qui utilisait un préfabriqué comme chapelle, une baraque « Adrian » récupérée d’un cantonnement militaire. L’abbé Borde, nommé en 1920, entreprend de bâtir l’église actuelle, conçue par l’architecte Mortamet en béton armé, dans le style Art-déco. Les Italiens ont sûrement fait partie de la masse des souscripteurs mais aucun nom italien n'est cité dans les comptes-rendus de la pose de la première pierre en 1926. Prêtres locaux, bienfaiteurs (comme la famille Beaumont, des orfèvres lyonnais) ou paroissiens français, ce sont plutôt des « Amis de la Banlieue », prompts à aider de leur financement et de leur patronage la masse laborieuse des quartiers ouvriers.

Les Italiens sont plutôt considérés par l'Église comme une communauté à ramener dans son aire d'influence. Ils apparaissent donc assez vite dans les chroniques, à partir des années 1930, d'abord avec l’arrivée d’un missionnaire italien venu dire la messe en italien, par le développement d'une vie communautaire (patronage, cinéma, sport...) et enfin par l'organisation de la fête de Saint-Roch. La statue de San Rocco commandée par la paroisse au sculpteur Georges Salendre a d’ailleurs déplu aux paroissiens italiens qui en ont fait venir une autre d’Italie, d’un modèle traditionnel en plâtre plus à leur goût.

La Mission Italienne, proche du Consulat et donc du gouvernement fasciste, s’occupa rapidement de l’animation de cette paroisse, exportant son idéologie parmi les immigrés et sympathisants potentiels du régime de Mussolini. Le Consulat d’Italie tente alors de diffuser sa propagande et compte en retour sur l’influence de l’Église, soucieuse de lutter contre le communisme athée de la « banlieue rouge ». Les positions de l’Église étaient loin cependant de faire l’unanimité, car on trouvait toutes les nuances politiques chez les immigrés italiens. La mairie, selon ses tendances, socialistes ou communistes, laissait faire ou prenait position au travers d’interdictions de procession ou d’autorisation de prêts de salle.

Après la Seconde Guerre mondiale, la paroisse reprit ses activités dans un climat apaisé, et la fête de la Saint-Roch perdurera jusqu’à la fin des années 1960, le souvenir de sa gaieté recouvrant le reste.

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