L'émancipation citoyenne

Patronage laïque de l’école Anatole France sur le terrain de Bonneterre, 1934, collection Christophe Coupaud

Avec la Révolution française s’impose l’idée que la société doit au peuple l’instruction publique, mais tout au long du 19e siècle vont s’affronter différents courants. D’un côté s’exprime la volonté de contrôler l’enseignement, particulièrement quand il s’agit d’éducation religieuse, mais aussi la population qui y accède, encore majoritairement paysanne et croyante (donc docile ?). De l’autre celle d’accompagner la Révolution industrielle en formant des travailleurs sachant lire, écrire, compter, mais aussi et surtout des citoyens capables d’autonomie sociale et politique. Car comme l’a montré l’historien Claude Nicolet, le mot de République ne désigne pas seulement en France un régime politique qui organise le pacte social en dehors de toute transcendance mais renvoie aussi à un véritable système de valeurs dans lequel tout un chacun est supposé détenteur de la souveraineté et se doit de participer et veiller à l’élaboration et à la mise en oeuvre de la loi.
Cette conception française de la citoyenneté est une conception très exigeante et irriguera la fondation de l’école publique. Jules Ferry déclare dès 1870 la nécessité de « faire disparaître la dernière, la plus redoutable des inégalités qui vient de la naissance, l’inégalité d’éducation » et jette les bases de l’école primaire actuelle au travers des lois de 1881 qui en impose la gratuité et 1882 qui rend l’instruction obligatoire et laïque. Les instituteurs et institutrices deviennent donc de véritables « missionnaires laïques » et sont envoyés dans chaque village pour assurer l’instruction de tous les garçons et de toutes les filles âgé-e-s de 6 ans révolus à 11 ans pour le certificat d’études primaires. Cela ne s’est pas imposé sans conflit : les « hussards noirs de la République » ont représenté de par cette mission autant que par leur statut de fonctionnaires une nouvelle élite et une influence morale, civique et intellectuelle qui n’a pas toujours été du goût ni des curés de la paroisse ni des notables municipaux.

Cahier d'école, Villeurbanne, AMV. Tract pour l'Université populaire de Villeurbanne, AMV 8Fi0246 Plaquettes de la ligue française de l'enseignement et de l'éducation permanente, AMV. Plaquette de la MJC, Villeurbanne. AMV