Un nouveau prolétariat

portrait-594x481(e1-1)_Page_3.jpg
Agrandir le(s) document(s)

A partir des années 1980 se sont multipliées les thèses prédisant la disparition des classes sociales et l’avènement d’une « société des individus » sous l’effet de la consommation de masse, de la diffusion de l’éducation, de l’essor des services. Les ouvriers se sont en effet rapprochés des « cols blancs ». La majorité des ouvriers travaille dans le tertiaire (les services) : agents d’entretien, réparateurs, conducteurs d’engins, livreurs, manutentionnaires. A l’inverse, les emplois dans le tertiaire non qualifié sont marqués par la parcellisation des tâches et la pénibilité des conditions de travail.

Le mouvement social de grande ampleur de 1995 a relativisé cette représentation de la société française focalisée sur les classes moyennes. Mais la persistance d’inégalités structurées, liées à des positions hiérarchiquement constituées, semble induire que si des classes se maintiennent en théorie, elles ne forment pas automatiquement des collectifs capables de se mobiliser pour défendre leur cause. La fragmentation mais aussi la précarisation des travailleurs expliquent le refus d’identification au monde ouvrier et le manque d’unité du groupe. 

Cet éparpillement est renforcé par la diminution d’une représentation syndicale ou politique des classes populaires, qui n’auraient ainsi pour exprimer leur mécontentement que le choix d’un vote de contestation. Un constat souvent un peu rapidement interprété et qui nécessite d’être éclairé en rappelant que le premier « parti » des électeurs populaires n’est pas le FN, mais l’abstention. À cet égard, il est utile de relever que le vote ouvrier pour le Front national attire davantage l’attention — et l’opprobre — que celui des professions libérales ou des petits patrons par exemple, pourtant proportionnellement plus fréquent.