Rupture générationnelle

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Devant le constat de la dévalorisation grandissante de leurs métiers, les ouvriers vont de plus en plus pousser leurs enfants à faire des études. L’école est « progressivement apparue comme le lieu de report de toutes les aspirations déçues des familles ouvrières ; comme si les enfants avaient reçu par procuration la mission de sauver symboliquement l’honneur des parents, notamment celui des pères ». Stéphane Beaud et Michel Pialoux, Retour sur la condition ouvrière

Mais en intégrant le lycée, professionnel ou général, les enfants d’ouvriers creusent progressivement un fossé entre les générations. Après leurs études, les jeunes qui se retrouvent à l’usine n’en possèdent pas les codes. Ils appliquent les règles, espérant progresser dans la hiérarchie mais se trouvent opposés aux anciens ouvriers qui leur reprochent de jouer le jeu de la direction. Ils ne sont pas intégrés aux rituels qui soudent le groupe et leur formation les rend parfois même physiquement différents : moins marqués par le travail physique, le travail de force, ils semblent « maniérés » aux yeux des ouvriers formés sur le tas aux difficultés de la chaîne.

La différence culturelle se ressent également dans les familles où le passage par le lycée a fait intégrer aux enfants la dévalorisation de la formation professionnelle et du travail manuel qu’exercent leurs parents. La distance se marque jusque dans leur vocabulaire plus soutenu et leurs attitudes plus policées. Les enfants vivent les difficultés et parfois la honte des transfuges de classe tout en craignant de reproduire l’avenir professionnel de leurs parents ; ces derniers souffrent de les voir se rapprocher des habitudes et des jugements bourgeois.