Images du travail ouvrier

Façade de l'imprimerie Arnaud dans les années 1980, Gilles Michallet

L’imprimerie Arnaud s'installe à Villeurbanne en 1898 cours Tolstoï. Elle emploie, au début du 20e siècle, jusqu’à 300 personnes. Les Archives municipales ont acquis en 2012 cet album de photographies de l’imprimerie de cette époque présentant 35 photographies des ateliers et métiers de l’entreprise et constitue un témoignage précieux sur les conditions de travail de la fin du 19e siècle et l’évolution des techniques de l'imprimerie.

Les photographies, cartes postales ou films permettent de recomposer une image du monde ouvrier à une époque donnée mais leur interprétation doit prendre en compte le contexte de production des photographies pour en saisir tout le sens. Au début du 20e siècle, les entreprises réalisent souvent des albums qui présentent les étapes de fabrication d’un produit ou les métiers d’une usine. Etant donné les possibilités techniques de l’époque, ces photographies ne représentent pas l’exacte réalité. Elles mettent en scène ce que les commanditaires considèrent comme important : le nombre des ouvriers, le travail d’équipe, le savoir-faire d’un employé, la modernité des machines…

Ces albums veulent montrer aussi la répartition « naturelle » des tâches : physiques ou techniques pour les hommes, délicates ou statiques pour les femmes (alors que selon les secteurs, les femmes utilisent également les machines). Le jour de la photographie est le jour où les uniformes officieux sont respectés : les ouvriers en chemise, les chefs d’équipe en gilet, les contremaîtres en blouse, les employés en costumes.

Par la suite l’évolution technique a permis la prise vue sur le vif. Les photographies poursuivent alors un but documentaire ou pédagogique, puis publicitaire à partir des années 1950. Chaque prise de vue est alors consciencieusement travaillée dans un objectif de communication : machines nettoyées, ateliers repeints, ouvriers sélectionnés. L’image des usines est lissée, comme au début du 20e siècle.